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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 11:29

fellationAvec "Les filles du désert", dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche dénonce le nihilisme du stupre et d'une certaine forme de sexualité. Sans être pudibond - lui qui fréquenta les maisons closes - Nietzsche nous met en garde contre le désert de la sexualité mécanique, mercantile, stérile, sans désir ni création. Une leçon de sagesse à méditer à l'heure de la pornographie triomphante, notamment sur internet, ce grand désert de l'homme moderne.

 

"Le désert grandit : malheur à celui qui recèle des déserts !


— Ah !
Solennel !
Un digne commencement !
D’une solennité africaine !
Digne d’un lion,
ou bien d’un hurleur moral…
— mais ce n’est rien pour vous,
mes délicieuses amies,
aux pieds de qui
il est donné de s’asseoir, sous des palmiers
à un Européen. Selah.

Singulier, en vérité !
Me voilà assis,
tout près du désert et pourtant
si loin déjà du désert,
et nullement ravagé encore :

dévoré
par la plus petite des oasis
— car justement elle ouvrait en bâillant
sa petite bouche charmante,
la plus parfumée de toutes les petites bouches :
et j’y suis tombé,
au fond, en passant au travers — parmi vous,
vous mes délicieuses amies ! Selah.

Gloire, gloire, à cette baleine,
si elle veilla ainsi au bien-être
de son hôte ! — vous comprenez
mon allusion savante ?…
Gloire à son ventre,
s’il fut de la sorte
un charmant ventre d’oasis,
tel celui-ci : mais je le mets en doute,
car je viens de l’Europe
qui est plus incrédule que toutes les épouses.
Que Dieu l’améliore !
Amen !

Me voilà donc assis,
dans cette plus petite de toutes les oasis,
semblable à une datte,
brun, édulcoré, doré,
ardent d’une bouche ronde de jeune fille,
plus encore de dents canines,
de dents féminines,
froides, blanches comme neige, tranchantes
car c’est après elle que languit
le cœur de toutes les chaudes dattes. Selah.

Semblable à ces fruits du midi,

trop semblable,
je suis couché là,
entouré de petits insectes ailés
qui jouent autour de moi,
et aussi d’idées et de désirs
plus petits encore,
plus fous et plus méchants,
cerné par vous,
petites chattes, jeunes filles,
muettes et pleines d’appréhensions,
Doudou et Souleika
ensphinxé, si je mets dans un mot nouveau
beaucoup de sentiments
(que Dieu me pardonne
cette faute de langage !)
— je suis assis là, respirant le meilleur air,
de l’air de paradis, en vérité,
de l’air clair, léger et rayé d’or,
aussi bon qu’il en est jamais
tombé de la lune —
était-ce par hasard,
ou bien par présomption,
que cela est arrivé ?
comme content les vieux poètes.
Mais moi, le douteur, j’en doute,
c’est que je viens
de l’Europe
qui est plus incrédule que toutes les épouses.
Que Dieu l’améliore !
Amen !

Buvant l’air le plus beau,

les narines gonflées comme des gobelets,
sans avenir, sans souvenir,
ainsi je suis assis là,
mes délicieuses amies,
et je regarde la palme
qui, comme une danseuse,
se courbe, se plie et se balance sur les hanches,
— on l’imite quand on la regarde longtemps !…
comme une danseuse qui, il me semble,
s’est tenue trop longtemps, dangereusement longtemps,
toujours et toujours sur une jambe ?
— elle en oublia, comme il me semble,
l’autre jambe !
Car c’est en vain que j’ai cherché
le trésor jumeau
— c’est-à-dire l’autre jambe —
dans le saint voisinage
de leurs charmantes et mignonnes
jupes de chiffons, jupes flottantes en éventail.
Oui, si vous voulez me croire tout à fait,
mes belles amies :
je vous dirai qu’elle l’a perdue !…
Hou ! Hou ! Hou ! Hou ! Hou !…
Elle s’en est allée
pour toujours !
l’autre jambe !
Ô quel dommage pour l’autre jambe si gracieuse
Où — peut-elle s’arrêter, abandonnée, en deuil ?
Cette jambe solitaire ?
Craignant peut-être
un monstre méchant, un lion jaune

et bouclé d’or ? Ou bien déjà
rongé, grignoté — hélas ! hélas !
misérablement grignoté ! Selah.

Ô ne pleurez pas,
cœurs tendres,
ne pleurez pas,
cœurs de dattes, seins de lait,
cœurs de réglisse !
Sois un homme, Souleika ! Courage ! courage !
ne pleure plus,
pâle Doudou !
— Ou bien faudrait-il
peut-être ici
quelque chose de fortifiant, fortifiant le cœur ?
Une maxime embaumée ?
une maxime solennelle…

Ah ! monte, dignité !
Souffle, souffle de nouveau
Soufflet de la vertu !
Ah !
Hurler encore une fois,
hurler moralement !
en lion moral, hurler devant les filles du désert !
— Car les hurlements de la vertu,
délicieuse jeunes filles,
sont plus que toute chose
les ardeurs de l’Européen, les fringales de l’Européen !
Et me voici déjà,
moi l’Européen,

je ne puis faire autrement, que Dieu m’aide !
Amen.


Le désert grandit : malheur à celui qui recèle le désert !"

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Published by Nietzsche académie - dans Kultur
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