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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 14:13

Réponses de Michel Maffesoli au questionnaire de la Nietzsche Académie. Michel Maffesoli, sociologue, professeur émérite à la Sorbonne, est l'auteur notamment de "L'Ombre de Dionysos".

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Michel Maffesoli - L’œuvre de Nietzsche a pour moi été d’une très grande importance. J’en ai fait pendant longtemps une lecture quasi-quotidienne, si bien que l’ensemble de mes livres est imprégné par cette pensée, même si comme c’est le cas pour toute œuvre qui vous marque et avec laquelle vous êtes en complète congruence, je ne le cite pas souvent. Tout ce que j’ai pu dire sur la figure emblématique de Dionysos, sur le retour du tragique, sur la critique du moralisme s’inscrit en droite ligne dans la pensée nietzschéenne. On peut dire, sans faire un anachronisme par trop poussé, qu’il y a dans cette œuvre une préfiguration de la postmodernité en cours.

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?
M.M. - Le nietzschéisme ne se présente en rien comme étant une pensée dogmatique. Mais au contraire, comme un perpétuel questionnement, ce qui est, véritablement, le cœur battant de tout chemin de pensée digne de ce nom. D’une certaine manière, dit métaphoriquement, à l’opposé du « Lycée » aristotélicien, procédant par système, la démarche nietzschéenne est plutôt une « académie » où prévalent le dialogue et l’échange perpétuel. Ce qui explique les fructueuses évolutions de la pensée et de l’homme Nietzsche.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

M.M. - Il est bien délicat, tant cette œuvre est complexe, plurielle, de choisir un livre particulier. Mais s’il faut le faire, je proposerais La Naissance de la tragédie où sont exposées les caractéristiques essentielles du dionysiaque et l’importance du vitalisme qui est une des spécificités de l’œuvre nietzschéenne, en congruence essentielle avec le temps présent.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?
M.M. - À l’encontre des diverses récupérations qui ont pu être faites de cette œuvre (bien évidemment celle induite par la sœur de Nietzsche), on peut dire que celle-ci est essentiellement « métapolitique » et ne peut en rien être récupérée par un parti quelqu’il soit ou être qualifiée de gauche ou de droite. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que les multiples commentateurs de cette philosophie appartiennent à des bords politiques on ne peut plus divers, ce qui est en soi significatif.

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?
M.M. - Comme je l’ai indiqué, il s’agit d’une œuvre adogmatique et « métapolitique », il me semble délicat de parler « d’un auteur nietzschéen ». On peut dire que nombre d’esprits aigus s’en sont inspirés. En France, je pense en particulier à Gilles Deleuze, sans que pour autant on puisse plaquer cette étiquette sur leur œuvre. Sans vouloir être par trop paradoxal, il me semble que Heidegger, dans la critique même qu’il fait de Nietzsche est traversé, de part en part, par le questionnement de ce philosophe.

 

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?

M.M. - Le « surhomme » a donné lieu à de multiples interprétations et même certaines, on le sait, d’inspiration totalitaire. Pour ma part, je dirais qu’il s’agit là de cette belle thématique, tout à la fois pré-moderne (celle de la philosophie antique) et postmoderne, ce qui est actuellement en gestation : à savoir le dépassement d’un individualisme étroit et du subjectivisme philosophique qui en est l’expression, à partir de Descartes dans la philosophie moderne. Le « surhomme » est ce qui me met en étroite relation avec l’Altérité, que celle-ci soit le fait de la communauté, de la nature ou de la déité.


N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

M.M. - Citation de Nietzsche que j’ai faite dans mon premier livre et reprise par la suite régulièrement : « Il faut avoir un chaos en soi-même pour accoucher d’une étoile qui danse. »
 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 20:41

Réponses de l'écrivain Mike Kasprzak au questionnaire de la Nietzsche académie. Mike Kasprzak est l'auteur du roman d'inspiration nietzschéenne "En guerre dès le matin" aux éditions 5 sens (https://catalogue.5senseditions.ch/fr/fiction-48/101-en-guerre-des-le-matin.html)

Nietzsche académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Mike Kasprzak - Nietzsche a été un révélateur. J'ai découvert Nietzsche vers la vingtaine, et j'ai été alors plein d'interrogations. Il y avait en moi énormément de germes d'idées qui ne trouvaient pas de réponse dans le monde extérieur. Qui ne trouvaient pas d'écho. Qui étaient en dissonance complète avec ce que je pouvais observer. Et j'ai découvert Nietzsche. Il a alors été ce révélateur. Voire même plus, un confirmateur, pour ne pas dire un affirmateur. Il a été la confirmation, l'alibi à ces interrogations. Non je me trompais pas. J'étais simplement en dehors du monde, de ce monde, et je ne le savais pas. Lire Nietzsche m'a confirmé dans mes idées. Pour revenir à l'auteur en lui même, philosophiquement, Nietzsche a pour moi une importance fondamentale par le fait qu'il est un est des philosophes les plus pragmatiques. Et la philosophie se doit d'être pragmatique, elle doit apporter des réponses directes et concrètes à la vie, la condition humaine, et Nietzsche est sans aucun doute celui qui s'en approche le plus.

N.A. - Être nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?

M.K. - Bien que le terme « nietzschéen » soit bien souvent décrié, on peut tout de même essayer de lui en donner une définition. Être nietzschéen signifie être en accord avec les préceptes nietzschéens, et, bien que l'on qualifie souvent Nietzsche d’anti-système, en analysant sa philosophie, on peut extraire quelque chose de systématique en elle. Ce système c'est avant tout la déconstruction des mythes, des idoles. La dispersion des mensonges et des illusions. La philosophie nietzschéenne agit avant tout comme un prisme, un prisme qui disperse la lumière blanche pour faire apparaître l'ensemble du spectre visible. Il en est de même avec les faits, les interprétations, les morales. Être nietzschéen c'est lire les faits, les actes, à travers un prisme. La lumière du réel n'est plus simplement blanche, opaque, confuse, elle nous apparaît distincte, discrète, sincère, identifiable et démystifiée. Être nietzschéen, signifie donc, en partie, savoir observer le réel dans tout sa crudité. C'est observer les entrailles du réel. Pour savoir ce que cela veut dire, pour savoir quels sont ces mensonges, ces illusions, il faut lire Nietzsche lui-même.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

M.K. - Pour une introduction à Nietzsche, je dirais « Crépuscule des idoles », qui est accessible, condensé, et fulgurant. Une bonne entrée en la matière. De la dynamite. Sinon pour une étude plus en profondeur, je pense que le duo « Généalogie de la morale » et « Par delà bien et mal » sont des lectures indispensables. Je garde « Ainsi parlait Zarathoustra » pour les lecteurs assidus, je ne pense pas qu'il soit recommandable à une personne qui souhaite découvrir Nietzsche. Certains livres pré-Zarathoustra peuvent aussi être une entrée en matière intéressante, comme Le Gai Savoir ou Aurore.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

M.K. - Si l'on considère la droite et la gauche actuelle française, ni l'un ni l'autre. Malgré tout, si l'on veut essayer de placer Nietzsche sur l'échiquier politique, ce qui est certain c'est que Nietzsche ne serait pas à gauche. Son refus de la démocratie, de l'égalité imposée à tous les hommes, entre autre, font qu'il ne peut pas être à gauche. Cela dit il n'est pas non plus fondamentalement à droite, en précisant en peu plus, Nietzsche serait plutôt du côté des anarchistes de droite, voir même des anarchistes individualistes. La question reste compliquée mais ce qui est sûr c'est qu'il n'est pas de gauche.

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?

M.K. - On retrouve du Nietzsche (pour tout un tas de raisons), chez : Hamsun, notamment avec Faim et Mystères, Strindberg, avec Au bord de la vaste mer, Dostoïevski par moments (voir le personnage de Raskolonikov), Calaferte, Hemingway par moment, Julius Evola, Pierre Drieu de la Rochelle, Fante et Bukowski également, et j'en oublie sûrement beaucoup.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?

M.K. - Question difficile tant cette notion a été peu abordée par Nietzsche, mais qui lui confère une espèce de mythe, de place centrale, alors que le surhomme n'est finalement que la pointe de l'iceberg de la philosophie nietzschéenne. Le surhomme c'est premièrement, comme l'indique son article défini « le », l'homme seul. Non pas forcément seul socialement, mais seul face à ses choix, face à ses actes, faces à ses responsabilités et face à son destin. Ensuite le surhomme, c'est l'homme qui affirme,l'homme qui dit oui. C'est un homme qui agit, qui recherche ce que Nietzsche nommait la Volonté de puissance, qui s'en abreuve et s'en épanouit. C'est aussi le sens de la Terre, et en cela le sens de la Vie, c'est l'homme qui accepte sa condition d'être mortel, son destin de mortel, et la souffrance l'accompagnant. C'est l'homme qui finalement accepte de se dire que tout lui est favorable. Le bon comme le mauvais. C'est finalement un homme qui aime et qui aime aimer.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

M.K. - « Plus nous nous élevons et plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler. » Aurore.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 13:59
Gabriele Adinolfi

Réponses de Gabriele Adinolfi au questionnaire de la Nietzsche académie. Gabriele Adinolfi, essayiste et militant national-révolutionnaire italien, est l’auteur notamment de « Nos belles années de plomb » aux éditions l’Aencre et de « Pensées corsaires » aux éditions du Lore. (http://fr.gabrieleadinolfi.eu/tous-les-livres/)

Nietzsche académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?
Gabriele Adinolfi - Je ne saurais pas quantifier. Certainement son esprit m'a embrasé dès mon adolescence et son style aussi. Déconstruire pour rebâtir non pas en grammairien mais en poète veut dire parler de l'essence, à l'essence, par l'essence. Et justement cette essence, je dirais à la fois cette âme et cette race, représente la seule opposition existentielle et la seule voie de survie et de régénération pour un homme vivant à cette âge de décadence et de castration.


N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?
G.A. - Je ne sais pas si le terme est exact ni si Nietzche lui-même l'aurait apprécié. Disons que cela signifie être vir, être grec, être germain, être indo-européen dans le grain ancestral duquel surgit toute civilisation réelle, qu'elle soit spartiate, romaine ou viking. C'est le retour au basic, au gène, à l'ADN "sauvage" de l'homme qui ne se laisse pas traîner comme une brebis dans un troupeau, en somme de celui qui n'est pas le "dernier homme" zarathoustrien et ne supporte pas de s'accommoder à son style de vie, mieux : à sa totale absence de style. Il signifie se mettre en face de soi-même soumis à son propre jugement, qui ne doit jamais être indulgent ni moral, mais beaucoup plus fort, plus ancien, plus innovant et plus solide que cela. Ceux qui croient que l'idée d' "être au-delà du bien et du mal" signifie être libres de faire ce que l'on désire se trompent largement. Il faut que chacun qui peut, fasse ce qu'il veut. Mais il ne peut pas vouloir quelque chose qui ne soit pas forte et dans une certaine façon juste en soi, autrement il ne s'agirait plus d'un vouloir mais d'un caprice.
L'anarque, qui est nietzchéen, n'a rien à voir avec l'anarquiste comme l'a si bien souligné Ernst Jünger.


N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous?
G.A. - Mon livre de chevet est "Ainsi parlait Zarathoustra"


N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche?
G.A. - Evidemment ni l'un ni l'autre. C'est une entreprise bien difficile de définir ce qu'est la droite et ce qu'est la gauche.
Bien sûr, si nous parlons de l'eschatologie gauchiste, si semblable à celui du clergé, Nietzsche s'y trouve aux antipodes. Si on pense plutôt à l'optimisme vitaliste qui se retrouve plus à gauche qu'à droite, bien que de façon mièvre, on peut dire alors que la gauche est plus nietzschéenne que la droite, ou du moins elle le fut dans le passé, je pense notamment à Jack London et à d'autres essors de le marier avec Marx dans un élan révolutionnaire.
Quant à la droite, si nous parlons de l'individualisme qui la caractérise, on ne doit pas se méprendre, ce n'est pas du tout le même que le nietzschéen, ni la prétendue défense des valeurs, qui est un refrain continu de la droite, n’est compatible avec celui qui comprit bien avant les autres qu'il ne faut pas en défendre mais en fonder des nouvelles. Par contre le pessimisme dans l'homme et dans le progrès rapprochent les gens de droite à la pensée nietzschéenne qui, en tout cas, est bien au-delà de ces catégories et plutôt annonce en quelque sorte l' "anarque" jungérien, ce qui n'est pas une figure si lointaine des squadristi et des corps-francs.


N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?
G.A. - Je ne suis pas en mesure d'en faire une liste. Evidemment, mis à part London, j'ajouterais Mussolini qui fut aussi auteur littéraire mais surtout l'auteur d'un chef d'oeuvre de la vie, de la société, de l'histoire et de la pensée.
J'ajoute Jünger qui me paraît une incarnation de Nietzsche et dont certains ouvrages, "Le Travailleur" et "Le traité du rebelle" dessinent un vrai manifeste nietzschéen.
Mais Julius Evola, dans sa critique constructive à Nietzsche qu'il voit privé de transcendance, ce qui à mon avis n'est pas tout à fait vrai, complète à mon égard le cadre en fondant l'anarque et la tradition ancestrale, qu'on ne doit jamais confondre avec les "traditionnalismes" bourgeois et religieux qui auraient effaré le Poète.
"Chevaucher le tigre" est d'après moi le manifeste nietzschéen le plus parfait existant jusqu'à aujourd'hui.


N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?
G.A. - Pas vraiment une définition. Son croquis je le résume dans les "métamorphoses de l'esprit". Il doit être solide, discipliné, costaud comme le chameau, courageux, solitaire et rugissant comme le lion, innocent, simple et souriant comme l'enfant. Il doit appartenir à la nouvelle noblesse qui sera pauvre mais richissime car elle ne sera aucunement dépendante des nécessités du dernier homme.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?
G.A. - "De tout ce qui est écrit, je n’aime que ce que l’on écrit avec son propre sang. Écris avec du sang et tu apprendras que le sang est esprit."

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 13:34
Julien Rochedy

Réponses au questionnaire de la Nietzsche académie de Julien Rochedy, auteur d’un essai d’inspiration nietzschéenne Le Marteau sous-titré Déclaration de guerre à notre décadence, auteur d’un mémoire universitaire sur Nietzsche et l’Europe et ancien directeur national du FNJ.

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Julien Rochedy - Une importance fondamentale puisque je pense véritablement, sans pathos, qu'il a changé ma vie. Sa lecture, précoce, a fait office d'un baptême, d'une sorte de renaissance. Je l'ai lu si tôt (entre 14 et 17 ans) qu'on ne peut pas dire qu'il s'agissait de lecture à proprement parler, avec le recul et la distance que cela suppose. Je l'ai littéralement ingurgité, je l'ai fait mien, sans aucune interface entre ses livres et le jeune « moi » qui était en pleine formation. Dès lors, quoique je lise, quoique j'entende, quoique je voie ou quoique j'ai envie de faire, je ne peux l'appréhender qu'avec le regard nietzschéen qui me fut greffé si jeune.

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?

J.R. - Je tiens Nietzsche pour une paire de lunettes. Il est, pour moi, avant tout une façon de regarder le monde. Une grille de lecture. Un filtre d'exactitude et, surtout, de sincérité. C'est s’entraîner à percevoir ce qui se mue et s'agite autour de soi en se débarrassant des grilles de lectures morales (le bien et le mal) ou idéalistes (au sens de la primauté de l'Idée). C'est donc regarder les choses et les hommes par delà bien et mal, par le prisme des valeurs aristocratiques ou des esclaves (le sain et le malade, le bon et le mauvais), en s'attardant plutôt sur la psychologie, et en fin de compte, la physiologie (l'importance du corps comme heuristique de l'esprit) pour comprendre les idées d'un homme, au lieu de se mentir sur la capacité « raisonnante » et abstraite des humains. Et c'est aussi sentir profondément ce qui appartient au nihilisme, au déclin, au mensonge vénéneux, à la maladie et à la mort, plutôt qu'à la vie, à la grande vie et l'immense « oui » qui va avec.

Je vous parlai de sincérité à propos de ce que nous oblige Nietzsche. Avec lui, après lui, on ne peut plus se mentir à soi-même. S'il m'arrive par exemple d'avoir une idée pour m'économiser, même si mon cerveau se met à fonctionner, comme de mise chez tous les hommes, pour me trouver une justification, morale ou raisonnable (toute « idée » est une justification de soi), je sais qu'en réalité cette idée ne fait que découler de ma faiblesse. Tout le reste est prétexte.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

J.R. - Je ne recommanderai pas un livre en particulier, même si « Par delà bien et Mal » et, bien sûr, « Zarathoustra », surnagent. Je recommanderai plutôt une succession de livres pour celui qui voudrait se lancer dans Nietzsche. D'abord Généalogie de la morale, qui suscite directement un immense doute sur ce que l'on croyait établi sur la nature du bien et du mal. Puis Par delà bien et mal, pour approfondir. Ensuite Zarathoustra, l'apothéose poétique de sa philosophie. Après, l'ordre compte moins. Je conseillerai toutefois particulièrement les œuvres de Nietzsche de l'après Zarathoustra, c'est à dire à partir de 1883, car j'ai toujours pensé qu'il y avait un Nietzsche, à la fois en tant qu'auteur (le style) et philosophe (la puissance), avant son Zarathoustra et après son Zarathoustra. L'auteur du Gai Savoir est encore un peu académique. Celui de Crépuscule des Idoles est pur génie.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

J.R. - Tout dépend bien sûr de ce que l'on entend par droite et gauche. Ces concepts peuvent signifier tellement de choses différentes selon les personnes qu'il est difficile d'enfermer Nietzsche dans des espaces si vagues. Toutefois, en me permettant de les prendre d'un point de vue philosophique, si toutefois ce point de vue peut exister, je dirais bien entendu que Nietzsche est de droite. L'importance qu'il donne à l'inégalité, aux valeurs aristocratiques, au goût raffiné, à la sélection et à la force, ainsi que son mépris souverain pour la populace, les valeurs égalitaires, la féminisation, la démocratie, le matérialisme grossier, etc, font que Nietzsche ne peut évidemment pas être reconnu comme un auteur de gauche.

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?

J.R. - Je pourrai vous faire une liste non exhaustive, de Drieu à Jünger en passant par London, mais ça n'aurait pas vraiment de sens, dans la mesure où ces auteurs peuvent être nietzschéens pour différentes raisons, et que des auteurs, nés avant Nietzsche, pourraient être considérés comme nietzschéens. Les grecs par exemple, Héraclite, Alcibiade, Périclès, sont des nietzschéens avant l'heure. Encore une fois, Nietzsche est une façon de voir le monde, et cette façon fut partagée mille fois dans l'Histoire, la plupart du temps par les hommes les plus grands, les plus intelligents et les plus honnêtes avec eux mêmes.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?

J.R. - Avec une lecture simple, mais tout de même pas trop mal, je pourrais vous répondre : c'est le kalos kagathos des Grecs, l’homme idéal, celui qui a la vie la plus remplie et dont la santé débordante s'enrichit de toujours plus de passions et d’aventures, de pensées, de force et de beauté. Mais ce serait bien trop banal. Le surhomme est celui qui accepte le tragique, le destin, et qui l'accepte en riant. C'est le Dieu Thor qui va à la guerre en riant aux éclats dans sa barbe rousse. Le monde n'a manifestement pas de sens, la vie est précaire, je suis imparfait, rien ne vaut rien, mais je cours au charbon quand même. Le pied dansant. Et là, à ce moment là, tout trouve son sens : la vie n'a comme seule justification qu'elle même. C'est le pessimiste actif dont parle Heidegger dans ses écrits sur Nietzsche.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

J.R. - Je n'en ai pas une en particulier, mais laissez moi vous raconter une anecdote :

Un jour que j'étais dans un bar et que je réfléchissais, avant de l'écrire, à mon livre le Marteau (d'inspiration largement nietzschéenne comme vous l'avez rappelé), je vois un grand gaillard venir s'accouder à côté de moi. Et sur l'un de ses avants bras, je vois tatoué « Amor fati ». J'exulte. Je vois cela comme un signe. Je me mets à délirer en mon for intérieur. Je lui fais signe et lui dit, bêtement, un truc du genre « aux nietzschéens ! » en levant mon verre. Il me répond, interloqué : « quoi ? ». Je lui répète et m’aperçois qu'en réalité il ne connaît pas Nietzsche. Il s'était tatoué ça juste « parce que ça sonnait bien ».

Alors finalement, je vous répondrai « amor fati ». Ça résume tout.

Et en plus ça sonne bien.

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 19:45
Rémi Soulié

Réponses de Rémi Soulié, auteur de l'essai "Nietzsche ou la sagesse dionysiaque" (éd. Points), au questionnaire de la Nietzsche académie :

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Rémi Soulié - Immense, comme philosophe, écrivain, penseur, moraliste, spirituel, poète et même, en un sens, musicien. L’oeuvre de Nietzsche n’a rien perdu de sa puissance de déflagration et de libération. A l’instar de Pascal, contre lui mais avec une intensité comparable, Nietzsche se saisit de l’ébranlement moderne dont il tire bien évidemment des conclusions très différentes de celles de l’auteur des Provinciales. De ce point de vue-là, son oeuvre est cruciale, à la lettre, en ce qu’elle se situe à la croisée de nos chemins.

J’ai rencontré Nietzsche assez tôt mais, à la différence des jeunes gens qui le lisent en général au sortir de l’adolescence, je ne l’ai lu sérieusement que vers 22 ou 23 ans, au premier chef pour des raisons plus politiques que métaphysiques ou religieuses — si tant est que cette distinction commode soit pertinente. En ce temps-là, c’est essentiellement le contempteur du « dernier homme » qui m’intéressait — je travaillais d’ailleurs à une étude sur le nietzschéisme des Deux étendards de Rebatet, que je reprendrai peut-être à l’occasion.

Ma seconde lecture cursive et minutieuse date de la rédaction du petit essai sur Nietzsche et la sagesse dionysiaque où la dimension religieuse — disons, gréco-romaine ou « païenne » — est plus présente.

Nietzsche compte au nombre des écrivains qui permettent de continuer à vivre quand le désert croît.

N.A. - Etre nietzschéen, qu’est-ce que cela veut dire ?

R.S. - De prime abord, il est plus aisé de dire ce que cela ne signifie pas : adhérer à un catéchisme ou à une orthodoxie, l’un et l’autre inexistants. Pour reprendre le titre d’un livre de Jean Grenier, je dirais que Nietzsche est celui qui, par excellence, nous délivre de l’« esprit d’orthodoxie », de cet esprit religieux qui se caractérise par son assurance culottée et plombée (au sens du cul-de-plomb.)

Etre nietzschéen, c’est accepter le beau risque de s’engager sur un chemin unique, le nôtre, et de travailler à regarder le soleil et la mort en face. « L’aigle regarde sans crainte le soleil en face… », écrit Angelus Silésius — on sait l’importance de l’aigle dans le bestiaire nietzschéen. Quant à la mort, c’est être grec que de se savoir « mortel », Nietzsche nous le rappelle utilement contre toutes les illusions. Au fond, Nietzsche autorise chacun à devenir qui il est, donc, à se trouver.

Etre nietzschéen, c’est prononcer un « oui » sans reste à la vie et l’aimer, c’est donc « rester fidèle à la terre » et au ciel (mais pas au sens toujours métaphorique de la religion, bien entendu.)

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

R.S. - Le Crépuscule des idoles, à mes yeux le plus nietzschéen des livres de Nietzsche, y compris dans la forme — fragmentaire.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

R.S. - Il se situe autant par-delà la droite et la gauche que par-delà le bien et le mal ! Dans l’acception politicienne misérable de notre temps, ces deux notions ne veulent strictement rien dire. Demeurant néanmoins attaché à la notion évolienne de « Droite » principielle, je placerais volontiers Nietzsche dans cette catégorie, plus poétique ou philosophique que politique. Nietzsche, en effet, pourfend toutes les idoles vénérées par les modernes : l’égalité, le libéralisme, le socialisme, la démocratie, le droit, l’hédonisme, le progrès etc.

J’ai beaucoup de respect pour Michel Onfray et, en particulier, pour l’essai qu’il a consacré à « Cripure » — Georges Palante — et au nietzschéisme dit de gauche. Toutefois, je vois là une impasse ou, plus exactement, une aporie dont Michel Onfray lui-même commence de plus en plus à se rendre compte. Encore un effort et il pourra dire avec Péguy qu’« être peuple, il n’y a encore que cela qui permette de n’être pas démocrate ».

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?

R.S. - Parmi les contemporains, Onfray, justement, mais aussi Philippe Sollers ou Gabriel Matzneff ; Renaud Camus, également, même si Nietzsche n’est pas explicitement présent dans son oeuvre : il mène une vie nietzschéenne en ce qu’il est un « esprit libre », libéré des préjugés et des superstitions actuelles. Je le dirais aussi de Marc-Edouard Nabe.

N.A. - Pouvez-vous donner une définition du surhomme ?

R.S. - Précisément, celui qui parvient à regarder le soleil et la mort en face, celui qui bénit l’alternance du jour radieux et de la nuit noire.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

R.S. - « Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour. » Je vois là le point culminant de la sagesse dionysiaque ou tragique. Vouloir le « tout » du monde est la marque du plus grand amour (Nietzsche est un grand penseur de l’amour ; je me demande jusqu’à quel point cela a été dit.)

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 15:06
Sir Shumule

Réponses de Sir Shumule au questionnaire de la Nietzsche académie. Sir Shumule est un auteur 2.0 (http://cheshireclub.blogspot.fr/), un dandy nietzschéen à la plume aristocratique qui donne à la toile ses lettres de noblesse.

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous?
Sir Shumule - Nietzsche est mon Jiminy Cricket, mon life coach et mon conseiller conjugal.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous?
S.S. - L'Antéchrist.

N.A. - Être nietzschéen, qu'est-ce que cela veut dire?
S.S. - Justement : faire partie des inclassables.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche?
S.S. - Funky Chrysogomphe.*

N.A. - Quels auteurs sont nietzschéens?
S.S. - Moi et Olivier Meyer. Et Dieu, bien sûr.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme?
S.S. - Þórr.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche?
S.S. - "On fait parfois de la Magie" (qui fut sa dernière phrase consciente).

* A question absurde, réponse absurde :D

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 20:46
Pierre Vial

Réponses au questionnaire de la Nietzsche académie de Pierre Vial, président de l'association Terre et peuple, ancien enseignant d'histoire médiévale à Lyon III, auteur de la préface d'"Ainsi parlait Zarathoustra" traduction et commentaires de Robert Dun aux éditions A.H.E.

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous?

Pierre Vial - Il est tout simplement le meilleur guide de vie.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous?
P.V. - Ainsi parlait Zarathoustra.

N.A. - Etre nietzschéen, qu'est-ce que cela veut dire?
P.V. - Avoir le souci permanent de devenir ce que l'on est.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche?
P.V. - Cette question aurait certainement fait beaucoup rire Nietzsche.

N.A. - Quels auteurs sont nietzschéens?
P.V. - Tous ceux qui sont en marche vers les hauts sommets.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme?
P.V. - Un tel symbole ne s'enferme pas dans une définition.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche?
P.V. - "Est-ce au bonheur que j'aspire ? Ce à quoi j'aspire c'est mon oeuvre" (Ainsi parlait Zarathoustra).

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 20:19
Entretien avec Nietzsche

Entretien exclusif avec Friedrich Nietzsche dont les réponses sont tirées de son livre testament Ecce Homo dans lequel le philosophe a pris soin de décrypter son oeuvre, ses intentions et son identité en prévision des mésinterprétations possibles à venir. Après un siècle de mystifications, Nietzsche revient pour s’expliquer :


Nietzsche Académie - Pourquoi prenez-vous la parole ?
Friedrich Nietzsche - Parce que la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains ont créé une disproportion qui les a empêchés de m’entendre et même de m’entrevoir. Dans ces conditions j’ai un devoir, celui de dire : Ecoutez-moi, car je suis un tel. Et n’allez surtout pas confondre.

NA - Très bien, alors qui êtes-vous M. Nietzsche ?
FN - Je ne suis nullement, par exemple, un croque-mitaine, un monstre moral, - je suis même, de par nature, à l’antipode du genre d’hommes qu’on a vénérés jusqu’ici comme vertueux. Il me semble, entre nous, que c’est justement ce qui me fait honneur. Je suis un disciple du philosophe Dionysos. J’aimerais mieux à la rigueur être un satyre qu’être un saint.

NA - Quel est votre but ? Améliorer l’humanité ?
FN - « Améliorer » l’humanité serait la dernière des choses que j’irais jamais promettre. Je n’érige pas de nouvelles « idoles ». Les renverser (et j’appelle idole tout idéal), voilà bien plutôt mon affaire. On a dépouillé la réalité de sa valeur, de son sens et de sa véracité en forgeant un monde idéal à coups de mensonges... Le « monde de la vérité » et le « monde de l’apparence »... je les appelle en bon français le monde du mensonge et la réalité...L’idéal n’a cessé de mentir en jetant l’anathème sur la réalité, et l’humanité elle-même, pénétrée de ce mensonge jusqu’aux moelles, s’en est trouvée faussée et falsifiée dans ses plus profonds instincts, elle en est allée jusqu’à adorer les valeurs opposées aux seules qui lui eussent garanti la prospérité, l’avenir, le droit suprême au lendemain.

NA - Quelle est votre philosophie ?
FN - Philosopher, comme je l’ai toujours entendu et pratiqué jusqu’ici, c’est vivre volontairement sur la glace et les cimes, à la recherche de tout ce qui est surprise et problème dans la vie, de tout ce qui, jusqu’à présent, a été tenu au ban par la morale. Combien un esprit supporte-t-il de vérité, combien en ose-t-il ? Voilà le critérium qui m’a servi de plus en plus pour mesurer exactement les valeurs.

NA - Et quelle est cette vérité ?
FN - Tout ce qui s’appelait « Vérité » jusqu’ici a été reconnu pour la forme la plus nuisible, la plus perfide, la plus sournoise du mensonge ; on a soulevé le voile du prétexte sacré, l’ « amélioration » de l’humanité, et on a découvert une ruse pour anémier la vie à mort, pour l’épuiser en lui suçant le sang. Avec la notion de l’homme bon, on a pris parti pour les faibles, les infirmes, les ratés, les gens malades d’eux-mêmes et tout ce qui doit disparaître ! On a contrecarré la loi de la sélection, on a fait un idéal de s’opposer à l’homme fier et bien venu, à l’homme qui dit « oui », qui est sûr du lendemain et qui garantit l’avenir – on a fait de lui le méchant... Et on a cru à tout cela ! Et on l’a appelé morale ! – Ecrasez l’infâme !

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 18:39

Bruno FavritRéponses de l'écrivain nietzschéen Bruno Favrit (link) au questionnaire de la Nietzsche académie. Bruno Favrit est l'auteur d'une biographie sur Nietzsche aux éditions Pardès (2002).

 

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?
Bruno Favrit - A quinze ans, j'ai découvert ''Ainsi parlait Zarathoustra'' et j'ai senti toute la puissance qui se tenait dans ces pages. Bien entendu, l'adolescent est plus prompt à s'enthousiasmer du moins je veux encore y croire, dans ce monde où la culture se traduit par une offre débridée et quasi illimitée dont la qualité n'est pas la partie émergente. Mais le signe que Nietzsche est une valeur sûre, c'est que trente ans après, je peux le retrouver avec le même étonnement, les mêmes battements de cœur. Je ne peux en dire autant d'auteurs qui ont illuminé ma jeunesse mais qui ont depuis nettement perdu leur pouvoir.

 

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?
B.F. - ''Le Crépuscule des idoles'' me semble une bonne entrée en matière. D'ailleurs, dans ''Ecce homo'', à propos de ce livre, Nietzsche a cette confidence : « C'est une exception parmi mes livres. Il n'y en a pas de plus substantiel, de plus indépendant, de plus révolutionnaire, de plus méchant [...] qu'on commence par lire cet écrit.». Et, contrairement à ce que j'ai fait, il faudrait presque terminer par le ''Zarathoustra''. Car il est formidablement crypté et il convient d'avoir côtoyé Nietzsche pour en goûter toute la substance hauturière. Entre ces deux, il ne faudrait rien négliger. On doit savoir que ses livres ont été composés sans véritable espoir qu'ils passent avant longtemps à la postérité. Conscient qu'il ne s'adressait qu'à une minorité, Nietzsche, qui a fini par s'éditer à compte d'auteur, ne s'est pas découragé, même s'il a quelquefois songé à s'orienter vers la poésie ou la musique. Je pense qu'il était conscient de la puissance de ses écrits. Il croyait en lui. Tout l'avantage de sa pensée est dans ce qu'il n'eut pas à la diluer pour complaire à un éditeur, aux critiques ou à un cénacle.

 

N.A. - Être nietzschéen, qu'est-ce que cela veut dire ?
B.F. - D'abord apprendre à penser par soi-même. Se doter d'une certaine forme de misanthropie  en tout cas ne point trop s'illusionner sur l'homme. Ensuite, s'obliger à affronter l'adversité et la bêtise sans se laisser étouffer par trop de compassion. C'est déjà beaucoup. Quand j'ai publié ma biographie sur Nietzsche, on m'a reproché d'en avoir restitué une image païenne. Mais je ne vois pas comment j'aurais pu en faire une autre lecture. Il encourageait la danse, la divagation sur les sommets en compagnie des ménades. Quant au Galiléen... on sait bien ce qu'il en pensait.

 

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?
B.F. - Je pourrais me défiler en disant qu'il n'appartient à aucune idéologie mais il faut tout de même noter que Nietzsche goûtait peu les ''socialistes'' qui montraient, selon lui, de profondes similitudes avec les chrétiens. Son attitude essentiellement aristocratique ne devrait pas nous faire penser que, s'il revenait en ce monde, il prendrait le parti de ceux qui ont renoncé à défendre les ouvriers pour se consacrer aux exclus, aux malades, brefs à ceux qu'ils ont tellement assistés et pommadés qu'ils ont tué en eux toute velléité de résistance. Si Nietzsche a pu être ''de gauche'', il y a bien longtemps.

 

N.A. - Quels auteurs sont nietzschéens ?
B.F. - Je vais certainement en oublier. Mais il me semble évident que des figures comme Montherlant ou Drieu lui doivent énormément. Cioran, est son fils spirituel. A l'étranger : Hamsun, Pessoa, Jünger, Henry Miller, Mishima... Quant à dénicher d'authentiques nietzschéens en ce début de siècle, c'est bien difficile. Peut-être Naipaul, Gòmez Dàvila et, par chez nous, le sociologue Michel Maffesoli qui prédit le retour de Dionysos. En revanche, si le nietzschéisme d'Onfray n'est pas une imposture, cela y ressemble fort.

 

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme ?
B.F. - Les spécialistes n'ont pas fini de soupeser et de se prononcer sur cette notion. Il suffit pourtant de lire le Zarathoustra, même si son aspect parabolique peut dérouter. Le Surhomme, c'est celui qui vient se mettre au contact des hommes ceux de la place du marché  et qui, effrayé par tant d'inanité, s'en retourne sur les hauteurs. Il peut s'agir aussi de Dionysos reconceptualisé et infiniment libre et libéré si l'on conserve la majuscule. Pour moi, plus ''trivialement'', le surhomme est déjà celui qui sait « conserver la joie d'être son propre maître » (pour reprendre une formule de ''Humain, trop humain''). Lorsque l'ermite de Sils Maria écrit « mes livres ne parlent que de victoires remportées sur moi-même », il participe de sa tentative de s'ériger en surhomme. A ce sujet, je me suis fait cette réflexion : Nietzsche a été malade la majeure partie de sa vie au point qu'il a dû s'arrêter d'enseigner. Ce qui ne l'a pas empêché de donner par la suite une tonifiante leçon de vie et de grande santé à ses semblables. Comme quoi la maladie a du bon lorsqu'elle frappe des ''surhommes''. Il est préférable pour nous que le père de ''Zarathoustra'' ait éduqué le monde plutôt que la centaine d'étudiants de l'université de Bâle.

 

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?
B.F. - « Qui n'est pas un oiseau ne doit pas se risquer au-dessus des abîmes. » (Zarathoustra II - Des sages célèbres.)

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 21:40
portrait.jpgRéponses au questionnaire de la Nietzsche académie d'Olivier Meyer, écrivain et poète, auteur du "Guide des citations Nietzsche" aux éditions Pardès (link) et de l'essai "Nietzsche Hyperboréen ou l'école du Surhomme" aux éditions du Lore (link).
 
Nietzsche académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?
 
Olivier Meyer - Nietzsche, c’est de la dynamite intellectuelle, un éveilleur de la conscience européenne. Je lui dois ma seconde naissance, la plus importante, celle du feu de l’esprit à l’image de Zeus qui foudroya Sémélé et donna naissance à Dionysos.

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?
O.M. - Lire et comprendre Nietzsche. Vivre et écrire avec son sang. Marcher dans l’ombre du Surhomme jusqu’au Grand Midi et le devenir.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?
O.M. - "La Généalogie de la morale" et "L’Antéchrist" comme explosifs. "Ainsi parlait Zarathoustra" comme livre de chevet à méditer à toute heure.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?
O.M. - De droite dans la mesure où Nietzsche est un aristocrate de l’esprit.
 
N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?
O.M. - Gabriele d'Annunzio, Céline, Ernst Jünger, Drieu la Rochelle, Saint-Loup, Jean Mabire, Louis Pauwels, Dominique Venner, Olivier Mathieu, Bruno Favrit.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme ?
O.M. - Un avatar de Dionyos, un génie de la nature qui fait danser la vie.
N.A. -Votre citation favorite de Nietzsche ?
O.M. - « Der Mensch ist etwas das überwunden werden soll. Was habt ihr getan ihn zu überwinden ? » L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter ? (In « Ainsi parlait Zarathoustra » – Le Prologue).
 
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