/image%2F1398130%2F20241021%2Fob_115085_dionysos-coupe-de-vin.jpg)
Tragédie étymologiquement veut dire chant du bouc, animal que l’on sacrifiait au dieu Dionysos avant chaque représentation dans la Grèce antique. Bruno Favrit, écrivain de sensibilité païenne, sacrifie doublement au dieu en publiant une tragédie intitulée Dionysos, irrésistible et insensé aux éditions du 26 octobre. Dionysos est un dieu incontournable pour comprendre la psyché profonde des Grecs anciens en particulier et des bons Européens en général. Favrit connaît ses classiques et en bon nietzschéen a lu La Naissance de la tragédie de Nietzsche. Il le souligne dans des propos liminaires : « Le seul penseur à avoir entrevu l’essentielle utilité du dieu sera Frédéric Nietzsche. (…) Nietzsche a bien compris à quoi encourage le dieu : à briser les carcans qui empêchent d’accéder à la connaissance de son moi profond et de tout ce qu’il peut exprimer. » Dionysos, dieu de la vigne et dieu conquérant, s’accorde mal avec l’image d’une civilisation apollinienne faite de clarté et d’ordre. Et pourtant comme l’a démontré Nietzsche et l’expose Favrit dans sa pièce, Dionysos est la folie consubstantielle à la vitalité grecque. La pièce, dans un savant mélange d’érudition et de dialogues vivants, met en scène Dionysos lui-même, le devin Tirésias, Até, la fille d’Héra qui porte la contradiction, le chœur des Bacchantes mais aussi à la fin de la pièce une cohorte d’écrivains et même Nietzsche pour parler du dieu de l’ivresse. L’ivresse est une des formes de la mania grecque, un viatique vers une sagesse supérieure qui délivre des rigueurs de la raison dégénérée en ratiocination sclérosante. Cela rejoint le concept de « grande santé » de Nietzsche, ce que rappelle Bruno Favrit quand dans la pièce il prête à Dionysos ces propos : « Un autre nom qui m’est donné est celui d’Hugiatès, « dispensateur de santé ». » La grande santé commande de dire oui à la vie dans sa complexité faite de pulsions et d’instincts sauvages. C’est pourquoi la pièce s’intitule Dionysos, irrésistible et insensé, car Dionysos est une affirmation de soi et de liberté pour devenir ce que l’on est et non pas ce que l’on doit être, un message hautement philosophique qui fait écho au « Deviens ce que tu es » de Pindare et Nietzsche et plus que jamais d’actualité en ces temps de confusion où l’Européen ne sait plus qui il est. On lira donc avec le plus grand intérêt la pièce de Bruno Favrit pour devenir ce que l’on est et vivre en bon Européen en grande santé. Evohé !