Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 09:40

"Le problème, c’est qu’il n’est même pas exact que l’édition Colli-Montinari nivelle indistinctement tout. Dans la Großoktav-Ausgabe (vol. XIII, p. 43), nous pouvons lire ce fragment : 3  CM, VII, p. 379.

"Celui qui, en tant qu’homme de connaissance, a reconnu qu’en toute croissance et à côté d’elle s’exerce en même temps la loi du dépérissement et que pour la création une décomposition et un anéantissement impitoyables sont nécessaires, celui-ci doit apprendre en outre à tirer une sorte de joie de cette vision pour pouvoir la supporter – ou il ne sera pas apte à la connaissance. C’est-à-dire qu’il doit être capable d’une cruauté raffinée et de se former à elle d’un cœur résolu. Si sa force se situe encore plus haut dans la hiérarchie des forces, s’il est lui-même un des créateurs et non pas seulement un spectateur, il ne suffit pas qu’il soit capable de cruauté à la vue de beaucoup de souffrance, de décadence, de mort : un tel homme doit être capable de créer lui-même la souffrance avec joie, il doit connaître la cruauté de sa main, en acte, et non pas seulement avec les yeux de l’esprit."

Rapporté dans une édition encore considérée comme prestigieuse, inséré par Bäumler dans son anthologie nietzschéenne destinée à illustrer et célébrer l’« innocence du devenir », le fragment est ensuite repris par Nolte qui l’utilise pour étayer sa lecture. Nietzsche aurait riposté à l’« anéantissement » de la bourgeoisie invoquée par Marx par un projet de « contre-anéantissement » : « Avec plusieurs dizaines d’années d’avance, Nietzsche a fourni à l’antimarxisme politique radical du fascisme son archétype spirituel, et on peut dire que Hitler lui-même n’a jamais été tout à fait au niveau de cet archétype ». C’est une thèse provocante qui peut-être aurait mérité une discussion beaucoup plus ample que celle à laquelle elle a donné lieu. Mais qu’advient-il du fragment en question à l’intérieur de l’édition Colli-Montinari ? En tant que version préparatoire du § 229 de Par-delà bien et mal, il est reporté dans les « Notices et notes » de l’édition Adelphi de Par-delà bien et mal et dans les volumes de l’apparat critique de la Kritische Gesamtausgabe et de la Kritische Studienausgabe, pour disparaître totalement de la version numérique de la Kritische Studienausgabe qui, en l’état actuel, ne reproduit pas les volumes consacrés à l’apparat critique." (Source: Domenico Losurdo , « Les lunettes et le parapluie de Nietzsche  », Noesis, N°10, 2006. URL : http://noesis.revues.org/index612.html)

Partager cet article
Repost0
24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 15:03

"De nos jours, en vérité, la nouvelle droite, tout comme la gauche post-moderne, s’efforce de mettre à l’écart les déclarations les plus abjectes de Nietzsche : dans sa quête d’une nouvelle respectabilité, elle se trouve grandement embarrassée devant l’appel à « l’anéantissement des races décadentes » et de « millions d’individus dégénérés ». Cela apparaît très clairement dans la récente traduction italienne du livre consacré au philosophe écrit en 1931 par Alfred Bäumler, qui devait adhérer deux ans plus tard au parti nazi. La Zucht et la Züchtung dont parle Nietzsche sont traduits par « addestramento » (instruction). Le terme utilisé a sans doute une résonance militaire et guerrière, qui le distingue de la banale et philistine « educazione » (éducation), terme auquel les traducteurs et interprètes post-modernes ont volontiers recours. Cependant, pas plus que l’« éducation », l’« instruction » ne donne la mesure du programme eugéniste du « nouveau parti de la vie » cher à Nietzsche, qui encourage la prolificité des couples d’individus sains et prône l’interdiction du mariage pour les individus dégénérés, et même leur « castration » et leur « anéantissement ». C’est pourquoi le « nouveau parti de la vie » (référence explicite à Galton) ne se limite pas à recommander l’« éducation » ou l’« instruction » de la race des seigneurs et de la race des esclaves, mais exige leur « élevage ». Mais, comme la gauche post-moderne, la nouvelle droite, qui cherche à redéfinir son programme anti-égalitaire en des termes culturels plutôt que naturalistes ou biologiques, voit dans l’eugénisme nietzschéen un poids encombrant dont il convient de se débarrasser." (Source: Domenico Losurdo, « Les lunettes et le parapluie de Nietzsche », Noesis, N°10 | 2006 , mis en ligne le 02 juillet 2008, http://noesis.revues.org/index612.html)

Partager cet article
Repost0
21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 08:43

gourmelin"Une pétrification morbide et abstraite "à l'Antique" contre la grande allégresse de la noblesse (et de son "mot d'ordre effrayant et enchanteur: privilège de la minorité"), voilà ce qui a été enseigné et propagé partout comme négation de Nietzsche, ce qui autorise maintenant à renvoyer dos à dos, gentiment, les moroses commentateurs "nietzschéens" (il suffit de les regarder vivre) et les salariés "anti-nietzschéens", beaucoup de monde pour rien, des tonnes de livres et d'articles écrits par des "prêtres masqués", c'est-à-dire des philosophes. La prolifération du prêtre masqué serait ainsi la clé des dix-neuvième et vingtième siècles. Prêtre? Masque? Plutôt la névrose moderne par excellence: "Une disposition d'esprit prête à subir toutes les épreuves hormis celle de l'insouciance."

(Source: "Nietzsche et l'esprit français" de Philippe Sollers in La Guerre du Goût, Gallimard, 1996.)

Partager cet article
Repost0
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 15:51

affWaffen-SS01"Le National-Socialisme ne s'est pas basé sur Nietzsche et n'a nullement prétendu le faire. Les auteurs de base de ce mouvement (Hitler, Rosenberg, Darré) ne le citent presque pas, et plutôt négativement. Il n'y a donc aucune raison objective de vouloir faire de Nietzsche la source de ce mouvement politique, plutôt que Stefan George, Oswald Spengler ou Charles Maurras. Le National-Socialisme était un mouvement immature et contenant de nombreuses et graves contradictions internes. Ceci précisé, il n'y a aucune raison de ne pas admettre que certains de ses éléments étaient parfaitement conformes à l'idéal nietzschéen et à son projet concret: en voulant rassembler l'élite européenne et en faire la base d'une nouvelle noblesse aux moeurs pures et mêmes ascétiques, la SS concrétisait un rêve nietzschéen, et ce n'est pas cela qu'on peut lui reprocher." (Source: Traduction nouvelle et commentaires de Robert Dun d'Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche aux éditions Art et Histoire d'Europe, 1988.)

Partager cet article
Repost0