Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 22:25

carla-bruniCarla Bruni n'est pas qu'une belle plante, la preuve, elle cite Nietzsche devant Nicolas Sarkozy qui malheureusement ne l'a pas suivie dans cette philosophie qui lui eût valu à n'en point douter la victoire et la sympathie des Français avides d'un redressement aristocratique. A bon entendeur pour 2017, la victoire passera par une révolution nietzschéenne des valeurs, une révolution par le haut, du courage, des réformes, du grand art.

 

"Un jour, elle [Carla Bruni] cite Nietzsche devant le président : "Aujourd'hui le moi est dans le troupeau. Demain le troupeau sera dans le moi." Et elle insiste : "Pourquoi tu ne cites pas Nietzsche ?" Nicolas Sarkozy répond : "Tu me vois parler de troupeau ? Tu imagines les commentaires ?" ".

 

(Source de la citation : "Maquillages : les politiques sans fard" de Christophe Barbier, éditions Grasset.)

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Figures
commenter cet article
6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 20:43

Eeternel-Retour-Cocteau.jpg"Si l'on en croit la version qu'il donna du mythe médiéval de Tristan et Yseult, Cocteau se sentait apparemment plus en accord avec les théories philosophiques de Nietzsche - d'où le titre du film réalisé en 1943 sur son scénario et ses dialogues par Jean Delannoy : L'Eternel Retour. L'amour devient ici une fatalité contre laquelle la volonté des amants ne peut rien. Mythe parmi les mythes, l'amour serait une puissance intemporelle qui ne cesserait jamais, de siècles en siècles, de reproduire les mêmes tourments sur les humains. A l'instar de Nietzsche, Cocteau disait avoir voulu prouver ainsi que des situations ou des états en tous points identiques pouvaient être revécus inconsciemment à diverses époques par des personnes différentes."

(Source : "A la rencontre de Jean Cocteau... miroirs et chatoiements" de Kathleen Hyden-David in "Le magazine du Bibliophile" numéro 109 novembre 2013)

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 18:49

Ragnarok-copie-1.jpg"Dans le paganisme, il n'y a pas de péché a priori, il n'y a pas faute selon une loi écrite à l'avance, c'est une question de subjectivité. Ce qui fait dire à Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal : "Il n'y a pas de phénomènes moraux, il n'y a que des interprétations morales des phénomènes"."

 

Gilbert Sincyr in Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l'Europe, éditions l'Aencre.

 

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 19:11

de BenoistRéédition d’un classique, les réponses d’Alain de Benoist le 28 janvier 2009 au questionnaire de la Nietzsche académie. Co-fondateur en 1968 du GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne), Alain de Benoist est l’auteur de l’essai Vu de droite couronné par l’Académie française qui traite notamment du Zarathoustra de Nietzsche.

 

Nietzsche Académie – Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Alain de Benoist – Je l’ai découvert assez jeune, lorsque j’étais en classe de philosophie, soit vers l’âge de seize ans. Ce fut un éblouissement. Une révélation. C’est ce qui explique que, sur le plan philosophique, Nietzsche soit resté pour moi une référence indépassable pendant près de vingt ans. Autour des années 1980, cependant, c’est à Heidegger que j’ai fini par donner la première place. J’ai en effet été sensible à la critique faite par ce dernier de la philosophie de Nietzsche. Heidegger opère une distinction rigoureuse, qui a pour moi été décisive, entre ontologie et métaphysique. Il montre que, chez Nietzsche, la Volonté de Puissance – en réalité, Volonté vers (zur) la Puissance – est en péril de devenir simple volonté de volonté. Comme Nietzsche, Heidegger accorde une importance considérable à la question du nihilisme, mais il montre aussi que, face au nihilisme, la tâche la plus urgente n’est pas tant de substituer des valeurs à d’autres valeurs, fussent-elles opposées, mais de sortir de l’univers de la valeur, qui est une mutilation de l’Etre. Sa conclusion est que Nietzsche, dans la mesure où il demeure prisonnier de l’univers de la valeur, reste encore dans la métaphysique. Enfin, sur la question de la vérité, question nietzschéenne par excellence, ce que déduit Heidegger d’une méditation sur la notion grecque d’aléthéia, me paraît d’une profondeur inégalée.

Cela dit, Heidegger n’est pas à ranger parmi les adversaires de Nietzsche. Il le critique, certes, mais il le prolonge aussi. On peut penser qu’il va plus loin que lui. La mise en perspective de la pensée nietzschéenne ne m’a donc pas conduit à l’abandonner, tant s’en faut. Il reste à mes yeux un tournant majeur de l’histoire de la pensée, un immense démystificateur, en même temps qu’un incontestable professeur d’existence.

 

 NA – Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

AdB – Tous, bien entendu. Et l’on est d’autant moins excusable de s’en tenir à la lecture des œuvres les plus connues que l’on dispose aujourd’hui en France d’une excellente traduction de l’édition Colli-Montinari, qui a notamment l’immense mérite de proposer l’intégralité des fragments posthumes. Mais pour aborder Nietzsche, je conseillerais en priorité Le crépuscule des idoles (surtout pour son chapitre « Comment le “monde vrai” devient enfin une fable »), et plus encore La généalogie de la morale. A moins qu’on ne préfère commencer par son premier livre, L’origine de la tragédie (1872), dont il disait lui-même qu’il fut sa « première transmutation de toutes les valeurs ». Il faut en revanche éviter Ainsi parlait Zarathoustra, qui attire toujours le lecteur peu familier de Nietzsche parce qu’il paraît facile à lire, alors que, s’il est en effet « facile à lire », il est aussi très difficile à comprendre pour qui n’a pas déjà pénétré dans les arcanes de la pensée nietzschéenne.

Enfin, on ne saurait aborder Nietzsche sans avoir un minimum de connaissance de la philosophie en général. Certes, Nietzsche n’est pas qu’un philosophe, au sens usuel du terme, mais il est aussi et d’abord cela. Qui n’est pas familiarisé avec l’histoire de la philosophie passera, en le lisant, à côté de bien des choses ou, pis encore, en tirera des conclusions erronées. Le fait que les œuvres de Nietzsche paraissent d’un accès « facile » – elles le sont en effet, comparées à celles de Kant ou de Hegel – explique qu’aucun philosophe, peut-être, n’a été autant que lui victime de contresens nés d’une information fragmentaire ou de lectures trop superficielles. C’est ce genre de contresens, par exemple, que commettent ceux qui voient dans la Volonté de Puissance une exaltation de la force physique, voire de la force brutale, alors qu’elle trouve avant tout chez Nietzsche sa source dans le détachement moral.


NA – Etre nietzschéen, qu’est-ce que cela veut dire ?

AdB - Je me le demande parfois, tant il y a chez certains de prétention à se déclarer tels. Henri Birault voyait juste, à mon avis, quand il disait qu’un « nietzschéen » est quelqu’un qui pense avec Nietzsche, et non pas comme lui. Nietzsche nous apprend un certain nombre de choses ; encore faut-il comprendre ce qu’il nous apprend. Etre nietzschéen, par exemple, c’est comprendre ce que signifie l’Eternel Retour, et se conformer soi-même à cette compréhension. C’est comprendre que le non-être n’a aucune teneur ontologique, et que la Vérité à majuscule n’est qu’un moyen de nier la vérité tout court, c’est-à-dire le réel. Avec Nietzsche, nous apprenons en effet à distinguer le « monde vrai » du réel, à faire appel au certum contre le verum. Le « monde vrai » est une fable. Le monde réel échappe à la Vérité dès l’instant que l’on a radicalement récusé l’au-delà : plus de « monde des apparences » s’il n’y a pas de monde des essences. Nietzsche ne récuse pas l’idée qu’il y a des choses véridiques et d’autres qui sont fausses, inexactes ou illusoires. Il dit que la Vérité est mensonge, mais mentir implique encore d’admettre qu’il y ait quelque chose qui soit non mensonger. La « vraie vérité » – la vérité de l’Etre – se moque de la vérité, comme la vraie raison se moque de la raison et la vraie morale de la morale.

Etre nietzschéen, c’est comprendre ce que veut dire Nietzsche lorsqu’il dénonce ceux qui se veulent porteurs de « la plus longue mémoire », c’est-à-dire les « derniers hommes » (ceux qui « clignent de l’œil »), ces hommes auxquels appartient l’avenir immédiat et auxquels il oppose, dans La généalogie de la morale, la nécessité bienfaisante de l’oubli. La mémoire est le fondement de la morale, l’oubli la condition de l’innocence et de la création. Si Nietzsche se tourne vers les Grecs, ce n’est pas seulement, comme le dira Heidegger, parce que se mettre à leur écoute c’est se donner la possibilité d’un nouveau commencement, mais aussi parce que, pour lui, les Grecs sont ceux qui ont le plus aimé la vie : ils l’ont aimée au point de n’avoir pas eu besoin qu’elle ait un sens.

     

NA – Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

AdB –  La Vénus de Milo est-elle de droite ou de gauche ? Et la philosophie de Parménide ? Indépendamment du fait que les termes de « droite » et de « gauche » n’ont jusqu’à présent jamais reçu de définition satisfaisante (et qu’ils tendent à perdre aujourd’hui toute signification), il est évident que Nietzsche n’est pas un doctrinaire politique, même s’il s’est exprimé, en diverses occasions, sur un certain nombre de questions politiques (il critique l’idée de progrès, le socialisme égalitaire, le nationalisme allemand, l’antisémitisme, etc.). Nietzsche s’est engagé plutôt sur le terrain de l’anthropologie politique, dans l’intention d’apprendre à agir et penser autrement en politique. Il ne trace pas les contours d’une théorie politique, mais s’interroge sur le fondement de l’ordre politique.

L’une de ses caractéristiques, par ailleurs, est qu’il n’a pas seulement influencé des penseurs, mais aussi des écrivains, des artistes, des hommes d’action. La raison tient à sa philosophie, au fait que les concepts à partir desquels il argumente diffèrent complètement, par exemple, du cogito cartésien, de l’impératif catégorique kantien, de l’Aufhebung hégélienne, de la durée bergsonienne, etc. Ce ne sont pas des concepts qui font système, mais des « ferments » qui engendrent avant tout des images. C’est ce qui explique que sa pensée ait pu marquer Thierry Maulnier, Paul Valéry, Roger Caillois, David Herbert Lawrence, Cioran ou Michel Tournier, sans oublier la vaste majorité des auteurs de la Révolution Conservatrice allemande (à la notable exception de Carl Schmitt), tout autant que des hommes « de gauche » comme Georges Bataille, Pierre Klossowski, Jack London, Georges Palante, George Bernard Shaw, Michel Foucault ou Gilles Deleuze (qui, comme Nietzsche, assignait à la philosophie la tâche de lutter contre la bêtise, celle-ci se définissant chez lui comme ce qui réduit les différences au semblable et le singulier au catégorisable). On peut donc très bien être un « nietzschéen de droite » ou « de gauche ». Inversement, la vulgate d’extrême droite sur la « volonté de puissance » et la « grande santé », qui se réclame de Nietzsche (généralement sans l’avoir beaucoup lu) pour légitimer le darwinisme social, la loi de la jungle, la haine de l’Autre et le déchaînement des instincts, n’a d’égale en bêtise que les condamnations haineuses d’une gauche qui confond immoralisme et amoralisme. Les uns et les autres se font d’ailleurs de Nietzsche la même idée fausse, les uns pour l’encenser ou l’embrigader, les autres pour le dénoncer comme un auteur répulsif.

 

NA – Quels auteurs sont nietzschéens ?

AdB - Vaste question. Si l’on s’en tient au champ de la pensée contemporaine, je dirais que, plus que Michel Maffesoli, qui tend à tirer le dionysiaque vers l’orgiaque collectif et l’exubérance sociale, le philosophe français le plus « nietzschéen » est à mes yeux Clément Rosset. Démystificateur tout comme le fut Nietzsche, Rosset a passé sa vie à critiquer la « duplication » du réel, à affirmer le caractère tragique de l’existence et la nécessité de l’éprouver avec allégresse et reconnaissance. Nietzsche dénonçait les « arrière-mondes » d’où proviennent la métaphysique, la religion et la morale. Pour Rosset, le réel est « idiot » au sens étymologique, c’est-à-dire singulier, absolument dépourvu de double ou de miroir. Le monde n’est porteur d’aucun sens global, il n’est redevable d’aucune interprétation morale, il n’est justifiable d’aucun devoir-être, et c’est en le reconnaissant comme tel qu’on accède à la joie. Gai savoir, amor fati : comme chez Nietzsche, pour qui la gaieté était de toute évidence d’essence musicale, le thème central de la pensée de Clément Rosset est la joie, l’allégresse, la jubilation.

 

NA – Pourriez-vous donner une définition du Surhomme ?

AdB - Deux réponses doivent d’emblée être écartées : celle qui interprète la thématique du Surhomme comme une incitation faite à l’homme de se dépasser lui-même, et celle qui voit dans le Surhomme une sorte de superman, doté de pouvoirs surmultipliées. La première est banale : déjà chez Aristote, l’homme se dépasse lorsqu’il atteint son telos. La seconde est absurde. Nietzsche a d’ailleurs lui-même démenti, non sans rudesse (« d’autres ânes savants m’ont soupçonné de darwinisme »), l’idée que le Surhomme représenterait une race supérieure appelée à supplanter l’espèce humaine, à la suite d’un processus d’évolution ou de mutation ayant un rapport avec les biotechnologies ou la sélection naturelle : « Je ne pose pas ici ce problème : qu’est-ce qui doit remplacer l’humanité dans l’échelle des êtres ? […] mais : quel type d’homme doit-on élever, doit-on vouloir » (L’Antéchrist). On déraille, par conséquent, dès que l’on imagine le Surhomme à l’enseigne d’un quelconque superlatif, d’un simple « plus ». Le Surhomme est Über-Mensch, c’est-à-dire cet homme qui se tient au-dessus de l’homme tel qu’il a été jusqu’à présent, mais qui en même temps accomplit sa vérité destinale. Lorsque Nietzsche dit que l’homme est « quelque chose qui doit être surmonté » (et non pas « dépassé »), il faut mettre ce propos en rapport avec ce qu’il écrit par ailleurs sur la façon dont l’homme s’est institué comme un sur-animal, en surmontant la bête qui était en lui, puis en s’égarant dans l’au-delà (Humain, trop humain, I, 40). La vie elle-même se définit comme « ce qui doit toujours se surmonter soi-même » (Zarathoustra, II).

Personnellement, je ne donne pas au Surhomme une place centrale dans la pensée de Nietzsche, dans la mesure où il ne m’apparaît que comme un prolongement, si l’on peut dire, de ce que le philosophe écrit à propos de l’Eternel Retour. C’est ce dernier thème qui est véritablement central, car il constitue la toile de fond sur laquelle s’inscrivent toutes les autres interrogations nietzschéennes. Selon la position que l’on adopte à son endroit, l’Eternel Retour est en effet révélateur de capacité d’affirmation ou de nihilisme. En outre, le Retour du Même est en même temps Retour de ce qui diffère, car « il n’y a que la différence qui se répète » (Deleuze). Avec le thème du Retour, Nietzsche critique bien entendu toute conceptualisation d’un temps linéaire, toute forme de conception linéaire de l’histoire, depuis le monothéisme biblique jusqu’à la philosophie historiciste de Hegel et de ses épigones. Mais il n’en revient pas non plus au temps cyclique des cultures archaïques. A la ligne, il n’oppose pas le cercle, mais la sphère. L’Eternel Retour est éternellement retour, il est éternel commencement. « A chaque instant l’Etre commence », dit Zarathoustra.

Le Surhomme est d’abord celui qui a acquis la capacité de vouloir l’Eternel Retour, celui qui a réalisé en lui-même une métamorphose de la relation « trop humaine » à la temporalité, une métamorphose de son « voir » qui est aussi une métamorphose de son désir, en ce qu’étant devenu capable de penser, par-delà bien et mal, mais avec un amour joyeux, l’innocence du devenir et la tragédie de l’existence, il s’est aussi délivré du ressentiment. Le Surhomme porte remède au nihilisme en le surmontant (überwinden). Il s’affronte au nihil en mettant en langage le monde de la physis. Ce que Nietzsche définit comme aristocratique par excellence, c’est le « pathos de la distance » (La généalogie de la morale). Le Surhomme est capable de cette distance. Il n’est plus un esclave de l’immédiateté, au sens de la Vorbandenheit (l’être-là-devant) heideggérienne, mais il n’est pas non plus un solitaire. Nietzsche dit très clairement l’importance qu’il attache à la constitution du corps social, et même à l’« ek-stase » du vivre ensemble. Le Surhomme n’est pas un individu, mais un Type, une Forme, et à ce titre il a besoin de la communauté de ses pairs. C’est par là qu’il peut être aussi un pont, un projet, avant de devenir le « sens de la Terre ».

 

NA – Votre citation favorite de Nietzsche ?

AdB - « Il n’y a pas de phénomènes moraux, il n’y a que des interprétations morales des phénomènes ». Mais j’aime aussi celle-ci : «Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui ».

 

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Entretiens
commenter cet article
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 15:46

Couverture Jouissive à VeniseEn ce jour d'attribution du Nobel de la paix dégoulinant de moraline, la Nietzsche académie attribue le "Nietzsche de la guerre" pour honorer le goût noble et les esprits forts. Le "Nietzsche de la guerre" 2013 est en conséquence attribué à Olivier Mathieu (link) pour son roman Jouissive à Venise en raison de son style aristocratique qui nous rappelle que la grande vie est une vie avec du style, faite d'amour, de lettres et de guerre pour le goût. Pour lire la prose nietzschéenne d'Olivier Mathieu (link). Pour lire la recension de la Nietzsche académie de Jouissive à Venise ( Jouissive à Venise ).

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 11:25

Blanrue.pngRéponses de Paul-Eric Blanrue au questionnaire de la Nietzsche académie. Historien et écrivain né en 1967, Paul-Eric Blanrue est l’auteur du livre Sarkozy, Israël et les juifs aux éditions Oser dire et du documentaire Un homme : Robert Faurisson répond aux questions de Paul-Eric Blanrue (link). Il anime sur la toile Le Clan des Vénitiens (link).

 

Nietzsche académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Paul-Eric Blanrue - Nietzsche, que j’ai découvert à l’âge de quinze ans, est l’une des plus puissantes lumières de l’esprit humain. Comme le resplendissant soleil du Grand Midi qui rayonne dans le ciel alcyonien, Nietzsche donne à voir le proche et le lointain, au-delà des ombres et des apparences, sans verser dans la fascination morbide pour les arrière-mondes. Et, tel l’enfant du conte d’Andersen, il apprend à oser dire ce que l’on voit sans tenir compte des opinions diverses qui se tiennent en embuscade dans nos petites têtes malléables pour nous inciter au mutisme lâche ou à la complaisante modération. L’autocensure est le premier verrou à faire sauter pour parvenir à être un authentique esprit libre. Nietzsche exerce à se “désopinioner”, à se défaire de l’imposture sociale, journalistique, philosopharde, cultureuse, politicolâtre, qui se déverse dans nos cerveaux comme autant de tumeurs malignes destinées à exterminer toute vie intérieure, toute résistance personnelle. “Vis ignorant de ce qui paraît le plus important à ton époque. Mets l’épaisseur d’au moins trois siècles entre elle et toi”, écrit-il. La guerre entre la confrérie des “derniers hommes” et nous est constante, sans répit, c’est une guerre à mort. Il y faut de la tenue : toujours être aux aguets, se tenir prêt à riposter ou à répondre d’un sourire à une niaiserie par laquelle tel clan tente de nous charmer, tel autre de nous subvertir. Nietzsche offre à son lecteur une hygiène mentale, il l’aide à entrer en lui-même pour y palper comme un fruit mûr, comme le corps d’une femme désirée, la vérité propre qui le compose. Chez Nietzsche, toute vérité est charnelle. L’âme est la forme du corps, a dit justement Aristote, de qui Nietzsche n’est pas aussi éloigné qu’on le suppose. Cette matière inspirée, cette âme-corps, il faut la dompter - ou la laisser vibrer à sa fréquence, c’est selon -, mais pour cela il faut d’abord la connaître. S’il est donc question de voir, il ne s’agit pas de voir pour croire, comme dans l’Évangile, mais de voir pour comprendre. Pour se comprendre : en extension, en immersion, en isolement complet, en toutes circonstances, partout. La vérité que Nietzsche propose n’est pas La Vérité, majusculaire, pompeuse, scolastique, celle des philosophes officiels et des religions verrouillées par le clergé, celle de l’université de Bâle qu’il a fui pour composer son oeuvre par monts et par vaux. Ce n’est pas non plus la vérité de la rue, du comptoir, celle de l’horrible “bon sens” qui coure dans tous les sens révélant ainsi qu’il n’en a aucun (on sait que chaque dicton a son dicton contraire qui l’annule). C’est la vérité saine, patiente, modeste, une vérité en acte, utile à notre dharma, celle qui va nous apprendre à exister. Nietzsche nous accompagne sur un chemin de vie escarpé que nous n’avons pas choisi mais que nous sommes les seuls au monde à pouvoir tracer. Il n’y a pas à suivre Fritz en pèlerinage de Sils-Maria à Turin, au gré de ses gîtes d’ermite dansant comme s’il était un infaillible gourou : il réfute par avance tout disciple, au contraire de Schopenhauer dont il a mis trop de temps à se défaire lui-même. Il faut l’écouter lentement, penser avec lui et contre lui, et enfin le dépasser de toutes nos forces pour nous forger une vie à notre mesure, rebelle à l’embrigadement. “Persistez dans votre bizarrerie”, disait Baudelaire. Seulement l’objectif n’est pas de tendre vers la folie ni d’opérer “le dérèglement de tous les sens” préconisé par Rimbaud qui s’en repentira vite, mais de développer nos particularités tendancielles, nos singularités émergentes. Sans elles, nous ne sommes plus nous, mais ce que les autres veulent que nous soyons. À méditer Nietzsche à différentes époques de sa vie, à voyager en sa compagnie sous toutes les latitudes, on atteint une subtilité de pensée, aussi antisectaire que possible, difficile à saisir pour qui ne l’a pas fréquenté longtemps et de près. C’est un travail de Romain que de “devenir ce que l’on est” selon l’antique sagesse ! Avec son marteau philosophique, le roboratif Nietzsche réveille et revigore l’âme, on le sait, mais il invite encore à ne pas nous satisfaire de nos travers “humains, trop humains”, de nos minables égos sociaux insignifiants, de nos ambitions grégaires ; il incite aussi à jeter par-dessus bord nos ressentiments qui fixent le Temps alors qu’il importe de le maîtriser avec souplesse pour être plus libres de nos mouvements. Sa pensée en perpétuelle tension n’est pas figée. Elle est un arc, ses idées en sont les flèches. Elle est à l’occasion contradictoire, on l’a assez dit, car Nietzsche n’hésite pas à se combattre lui-même si la situation l’exige, comme il entreprendrait une politique de terre brûlée pour mieux protéger ses troupes d’élite. Mais cette pensée en tension n’impose rien, aucun rite, aucun dogme, elle a pour seul, unique et éminent mérite de produire un germe qui permet de faire naître en soi le désir de développer une ultime sincérité et de la vivre à temps plein. À première vue, l’ambition paraît simple : en réalité, c’est le plus difficile. Être soi-même, devenir ce que Julius Evola appelait un “homme différencié” implique de mener une existence réfractaire, qui suppose l’acceptation de la gratuité, du don de soi, d’une certaine forme d’exil et de solitude intérieure. “L’homme est quelque chose qui doit être surmonté” dit Nietzsche. Vu la nature carcérale du monde moderne, la pente est rude, le sommet est si haut qu’il demeure invisible au randonneur. Pour monter, il faut s’alléger, se délester du conformisme et du contentement. C’est pourquoi un authentique nietzschéen se reconnaît au premier coup d’oeil. Il y a des physiques de nietzschéens. Normal puisque l’âme est la forme du corps… J’ai un bon radar pour les détecter. Je peux vous assurer qu’il y en a peu qui vivent encore sur cette terre, en ces temps particuliers du Kali Yuga où la mollesse d’âme s’est généralisée jusque chez les meilleurs.

 

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?

P-E.B. - J’aime beaucoup cette phrase de Nicolas Berdiaev, ce christo-nietzschéen, immense Russe orthodoxe et théologien hors pair de la liberté, qui a prouvé qu’on pouvait croire en Dieu, être ouvert au Grand Mystère et rester un fervent nietzschéen (C’est une contradiction ? Oui. Mais  Nietzsche a bien mis sa vie au service de Dionysos qui est un dieu grec !) : “Il ne sert à rien de réfuter Nietzsche ; ce qu’il faut c’est vivre son expérience et le surmonter en soi”. Berdiaev a dit là l’essentiel. Être nietzschéen, si cela a un sens, pourrait consister à “être autant que possible nos propres rois et fonder de petits États expérimentaux, comme le dit Nietzsche, qui ajoute : “Nous sommes des expériences : soyons-le de bon gré”. Autrement dit : amor fati et inch’Allah !

 

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

P-E.B. - Tous, sans oublier la correspondance et les fragments posthumes, indispensables. Ne lire qu’un seul livre de Nietzsche revient à avancer e2-e4 sur l’échiquier sans poursuivre la partie. Il faut aller jusqu’au bout, que le résultat soit Pat ou Mat. L’abandon est interdit. On doit vivre en professionnel de l’existence. Le jeu fait partie du métier. Les masques aussi, qui font partie du jeu : on retrouve là Venise, “la ville aux cent profondes solitudes”, dont on connaît l’importance pour Nietzsche. Si on n’a pas le tempérament adapté, qu’on en reste à Kant. C’est déjà pas si mal, Kant : “Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains”, disait Péguy. On a aussi le droit de descendre à la station Schopenhauer, à condition d’avoir digéré auparavant les Parerga et Paralipomena si on ne veut pas finir suicidaire. Je connais aussi des gens très heureux qui ne jurent que par Platon, et pourquoi pas, après tout ? Evola a tenté la grande jonction entre Nietzsche et Platon avec quelque succès. “Deviens ce que tu es !

 

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

P-E.B. - Vu que ces notions proviennent toutes deux de la très moche révolution française, triomphe de la veulerie sur l’esprit chevaleresque, elle n’ont aucun sens appliquées à Nietzsche, élégant antidémocrate, aristocrate de l’esprit, qui rejette tout ce fatras idéologique empestant l’égalitarisme faisandé. Comme René Guénon après lui, il réclame à cor et à cri le retour du Régne de la Qualité contre celui de la Quantité. Ce qui signifie, bien entendu, qu’il est forcément de droite pour les idéologues dits progressistes, car trop lucide pour être à leur image un optimiste béat, qui penserait que l’histoire avance au prétexte qu’elle convulse. Quand on n’est pas de gauche, on est obligatoirement classé à droite, c’est ainsi. Ce n’est pas infamant, c’est réducteur. Et quand on sait en quelle piètre estime Nietzsche tenait les politiciens de son temps, c’est à côté de la plaque. Vous vous imaginez Nietzsche en train de déposer un bulletin de vote dans l’urne de la Rathaus de Röcken ? Impossible, trop anarchiste pour ça. Un anarchiste de droite, si vous voulez. C’est ainsi, d’ailleurs, que Julius Evola se présentait à la fin de sa vie, quand, revenu de ses fantaisies politiques, il appelait les hommes parmi les ruines à relire Nietzsche pour tout recommencer à zéro (pour en comprendre les raisons, il faut étudier impérativement son Chemin du cinabre, l’équivalent d’Ecce Homo appliqué à son “équation personnelle”, comme il dit). Sur la gauche, il y a certainement des choses qui ne sont pas à jeter chez Georges Bataille et Michel Foucault, qui ont dénietzschisé Nietzsche comme tout bon nietzschéen est un jour amené à le faire, mais ils restent indécrottablement accros à la moraline-base dès qu’ils s’éloignent de la question sexuelle qui les obsède du fait de névroses qui leur sont propres. Bref, le nietzschéen de droite est improbable et celui de gauche n’existe pas.

 

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?

P-E.B. - Ni Gide ni Malraux, en tout cas, quoi qu’en disent les manuels scolaires. En vrac : Hugues Rebell, Antonin Artaud, Nicolas Berdiaev, Nicolás Gómez Dávila, Oswald Spengler, Gabriele d’Annunzio, le jeune Maurice Barrès, Julius Evola, Martin Heidegger, Cioran… J’en ajouterais volontiers d’autres, moins attendus, comme Sacha Guitry par exemple (voir la morale de Mon Père avait raison), ou Céline pour certains passages. Quoi qu’il en soit, la liste n’est pas très longue.

 

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?

P-E.B. - Le terme a été trop galvaudé pour qu’on en fasse encore des thèses, mais n’en est pas loin celui qui met en pratique dans sa vie quotidienne cette maxime de Gabriele d’Annunzio : “Souviens-toi de toujours oser” (Memento audere semper). Comme principaux candidats à ce poste je préconise, au risque de choquer, Jésus-Christ (quel qu’ait été son rôle réel dans l’histoire) et le prophète Mohammed (saws). Reprenant la formule de l’empereur Frédéric II de Hohenstauffen, je rappelle que Nietzsche, ce soi-disant athée qui a pourtant écrit que le Dieu de la métaphysique n’était pas mort, proclame dans son Antéchrist : “Paix et amitié avec l’Islam !” L’islamophobe et nietzschéen de gauche (sic) Michel Onfray peut aller se rhabiller à la mode de Caen.

 

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

P-E.B. - "Par chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte que je n'ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne, rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j'ai le droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois tenter l'épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées." (lettre de Friedrich Nietzsche à Malwida von Meysenbug, 25 octobre 1874).

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Entretiens
commenter cet article
27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 19:12

Céline image"Ce curieux livre [Les Beaux Draps], où l'antisémitisme, quoique présent, est assez estompé, délivrait cette fois un message furibard à l'encontre de la prédication chrétienne, ultime recours du régime de Vichy qu'il méprisait : "Propagée aux races viriles, aux races aryennes détestées, la religion de "Pierre et Paul" fit admirablement son oeuvre, elle décatit en mandigots, en sous-hommes dès le berceau, les peuples soumis, les hordes enivrées de littérature christique, lancées éperdues imbéciles, à la conquête du Saint Suaire, des hosties magiques, délaissant à jamais leurs Dieux de sang, leurs Dieux de race... Ainsi la triste vérité, l'aryen n'a jamais su aimer, aduler que le dieu des autres, jamais eu de religion propre, de religion blanche... Ce qu'il adore, son coeur, sa foi, lui furent fournis de toutes pièces par ses pires ennemis..." Dans un langage différent, Nietzsche n'avait pas dit autre chose." 

 

un-samourai-d-occident.jpgDominique Venner in Un samouraï d'Occident, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Figures
commenter cet article
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 18:25

LIVRE-EN-PISTOLET.jpg"Mais il y a peut-être plus urgent et plus significatif à faire.

- Quoi donc ? me demande le petit brun énervé.

- Ecrire un livre, par exemple. Un livre tellement étonnant qu'il ne soit plus un livre."

 

Philippe Sollers in Une vie divine

 

 

"Ecrire c’est aussi agir

Un poème pour finir

Vaut mieux qu’un long discours

La vérité y sonne mieux tout court

La petite musique du style

Fait danser la vie cet argile

Contre l’inertie du quotidien

Qui fait de nous des chiens 

Le poète écrit avec son sang

Demande à Brasillach si je mens

Les mots sont des balles

A en devenir pâle

Le mot qui tue

N’est pas une vue

De l’esprit

Celui qui écrit

Met sa peau sur le tapis

Et en paye le prix."

 

Aristéas"Prose combat" d'Olivier Meyer in Aristéas

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 20:24

Don Giovanni, surhomme ? s'interroge le magazine Classica au sujet du personnage libertin de l'opéra de Mozart (Classica numéro 154 "Mozart roi de l'opéra"). Lors de la scène finale, Don Giovanni refuse de se repentir et traite la statue du Commandeur de vieux fat, traduisant ainsi son esprit fort et son mépris de la mort, idiosyncrasie du surhomme. Viva la liberta !

 

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 19:17

"La beauté sauvera le monde", Nietzsche aurait pu faire sienne cette formule de Dostoïevski dont il appréciait la profondeur psychologique. Nietzsche voit dans la beauté un signe de force, de vie ascendante. Elle est la puissance qui descend dans le visible (in "Ainsi parlait Zarathoustra" - Des hommes sublimes). Par ailleurs, Nietzsche nous exhortant à devenir nous-mêmes, c'est-à-dire de bons Européens et rappelant que nous sommes des Hyperboréens, c'est tout naturellement vers le Nord que se tournera notre idéal de beauté conformément à l'idéal classique du beau et du bon. A titre d'illustration on admirera ci-dessous le court-métrage de Meng Johnson sur la beauté de l'île Smögen en Suède et ses Hyperboréennes.

 

«– Regardons nous en face. Nous sommes des Hyperboréens, – nous savons bien assez combien nous vivons à l’écart. « Ni par terre, ni par mer tu ne trouveras le chemin qui mène aux Hyperboréens » : cela Pindare le savait déjà de nous. Par-delà le Nord, la glace, la mort – notre vie, notre bonheur… Nous avons découvert le bonheur, nous connaissons le chemin, nous avons trouvé l’issue du labyrinthe du fond de millénaires entiers. »

 

 

Nietzsche in L’Antéchrist §1

Repost 0
Published by Nietzsche académie - dans Devenir
commenter cet article

Présentation

  • : Nietzsche Académie
  • Nietzsche Académie
  • : Académie de philosophie nietzschéenne.
  • Contact

Recherche