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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 18:39

Bruno FavritRéponses de l'écrivain nietzschéen Bruno Favrit (link) au questionnaire de la Nietzsche académie. Bruno Favrit est l'auteur d'une biographie sur Nietzsche aux éditions Pardès (2002).

 

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?
Bruno Favrit - A quinze ans, j'ai découvert ''Ainsi parlait Zarathoustra'' et j'ai senti toute la puissance qui se tenait dans ces pages. Bien entendu, l'adolescent est plus prompt à s'enthousiasmer du moins je veux encore y croire, dans ce monde où la culture se traduit par une offre débridée et quasi illimitée dont la qualité n'est pas la partie émergente. Mais le signe que Nietzsche est une valeur sûre, c'est que trente ans après, je peux le retrouver avec le même étonnement, les mêmes battements de cœur. Je ne peux en dire autant d'auteurs qui ont illuminé ma jeunesse mais qui ont depuis nettement perdu leur pouvoir.

 

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?
B.F. - ''Le Crépuscule des idoles'' me semble une bonne entrée en matière. D'ailleurs, dans ''Ecce homo'', à propos de ce livre, Nietzsche a cette confidence : « C'est une exception parmi mes livres. Il n'y en a pas de plus substantiel, de plus indépendant, de plus révolutionnaire, de plus méchant [...] qu'on commence par lire cet écrit.». Et, contrairement à ce que j'ai fait, il faudrait presque terminer par le ''Zarathoustra''. Car il est formidablement crypté et il convient d'avoir côtoyé Nietzsche pour en goûter toute la substance hauturière. Entre ces deux, il ne faudrait rien négliger. On doit savoir que ses livres ont été composés sans véritable espoir qu'ils passent avant longtemps à la postérité. Conscient qu'il ne s'adressait qu'à une minorité, Nietzsche, qui a fini par s'éditer à compte d'auteur, ne s'est pas découragé, même s'il a quelquefois songé à s'orienter vers la poésie ou la musique. Je pense qu'il était conscient de la puissance de ses écrits. Il croyait en lui. Tout l'avantage de sa pensée est dans ce qu'il n'eut pas à la diluer pour complaire à un éditeur, aux critiques ou à un cénacle.

 

N.A. - Être nietzschéen, qu'est-ce que cela veut dire ?
B.F. - D'abord apprendre à penser par soi-même. Se doter d'une certaine forme de misanthropie  en tout cas ne point trop s'illusionner sur l'homme. Ensuite, s'obliger à affronter l'adversité et la bêtise sans se laisser étouffer par trop de compassion. C'est déjà beaucoup. Quand j'ai publié ma biographie sur Nietzsche, on m'a reproché d'en avoir restitué une image païenne. Mais je ne vois pas comment j'aurais pu en faire une autre lecture. Il encourageait la danse, la divagation sur les sommets en compagnie des ménades. Quant au Galiléen... on sait bien ce qu'il en pensait.

 

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?
B.F. - Je pourrais me défiler en disant qu'il n'appartient à aucune idéologie mais il faut tout de même noter que Nietzsche goûtait peu les ''socialistes'' qui montraient, selon lui, de profondes similitudes avec les chrétiens. Son attitude essentiellement aristocratique ne devrait pas nous faire penser que, s'il revenait en ce monde, il prendrait le parti de ceux qui ont renoncé à défendre les ouvriers pour se consacrer aux exclus, aux malades, brefs à ceux qu'ils ont tellement assistés et pommadés qu'ils ont tué en eux toute velléité de résistance. Si Nietzsche a pu être ''de gauche'', il y a bien longtemps.

 

N.A. - Quels auteurs sont nietzschéens ?
B.F. - Je vais certainement en oublier. Mais il me semble évident que des figures comme Montherlant ou Drieu lui doivent énormément. Cioran, est son fils spirituel. A l'étranger : Hamsun, Pessoa, Jünger, Henry Miller, Mishima... Quant à dénicher d'authentiques nietzschéens en ce début de siècle, c'est bien difficile. Peut-être Naipaul, Gòmez Dàvila et, par chez nous, le sociologue Michel Maffesoli qui prédit le retour de Dionysos. En revanche, si le nietzschéisme d'Onfray n'est pas une imposture, cela y ressemble fort.

 

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme ?
B.F. - Les spécialistes n'ont pas fini de soupeser et de se prononcer sur cette notion. Il suffit pourtant de lire le Zarathoustra, même si son aspect parabolique peut dérouter. Le Surhomme, c'est celui qui vient se mettre au contact des hommes ceux de la place du marché  et qui, effrayé par tant d'inanité, s'en retourne sur les hauteurs. Il peut s'agir aussi de Dionysos reconceptualisé et infiniment libre et libéré si l'on conserve la majuscule. Pour moi, plus ''trivialement'', le surhomme est déjà celui qui sait « conserver la joie d'être son propre maître » (pour reprendre une formule de ''Humain, trop humain''). Lorsque l'ermite de Sils Maria écrit « mes livres ne parlent que de victoires remportées sur moi-même », il participe de sa tentative de s'ériger en surhomme. A ce sujet, je me suis fait cette réflexion : Nietzsche a été malade la majeure partie de sa vie au point qu'il a dû s'arrêter d'enseigner. Ce qui ne l'a pas empêché de donner par la suite une tonifiante leçon de vie et de grande santé à ses semblables. Comme quoi la maladie a du bon lorsqu'elle frappe des ''surhommes''. Il est préférable pour nous que le père de ''Zarathoustra'' ait éduqué le monde plutôt que la centaine d'étudiants de l'université de Bâle.

 

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?
B.F. - « Qui n'est pas un oiseau ne doit pas se risquer au-dessus des abîmes. » (Zarathoustra II - Des sages célèbres.)

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 09:54
"Vous devez chercher votre ennemi et faire votre guerre, une guerre pour vos pensées ! Et si votre pensée succombe, votre loyauté doit néanmoins crier victoire !
Vous devez aimer la paix comme un moyen de guerres nouvelles. Et la courte paix plus que la longue.
Je ne vous conseille pas le travail, mais la lutte. Je ne vous conseille pas la paix, mais la victoire. Que votre travail soit une lutte, que votre paix soit une victoire !"

Nietzsche in "Ainsi parlait Zarathoustra" - De la guerre et des guerriers
 

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 11:05
Scarface.jpg"Lire Nietzsche, c'est se faire à bon compte une injection d'intelligence et d'énergie."

"Être nietzschéen, n'est-ce pas "se sentir plus", sortir du troupeau ? C'est chic, c'est fort, c'est élevé. Il n'y a pas plus corrosif et élégant : Nietzsche, c'est de la cocaïne intellectuelle."

Catherine Golliau, rédactrice en chef au journal Le Point, citations extraites du hors-série du Point sur Nietzsche dans la collection "Les maîtres-penseurs" (juin-juillet 2013, numéro 14).
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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 15:26

Monstres.jpg« Mike, je lui ai dit, poète, écrivain, décadent. Quasi nietzschéen ». Cet extrait du recueil de nouvelles « Monstres » de Mike Kasprzak aux éditions Les Occultés (link) tirée de la nouvelle « Auteur, éditeur et coup de boule » résume  bien le pédigrée de l’auteur. Il y a du nietzschéen chez Kasprzak, la figure du lion en particulier décrite par Nietzsche dans le discours sur les trois métamorphoses de l’esprit dans « Ainsi parlait Zarathoustra », la phase de nihilisme actif, de destruction des anciennes valeurs, l’heure du grand dégoût pour un nouveau départ,  une nouvelle noblesse (Lire la nouvelle « Faire rugir les lions »). La noblesse chez Mike Kasprzak,  est, à l’instar de Céline, dans le style, une écriture écrite avec son sang, une littérature avec des couilles qui regarde la réalité en face, sans fard ni fioritures (Lire la nouvelle «Sûrement une ville comme une autre»). Les Monstres ce sont les hommes modernes (Lire « Docteur Parfait »), les esclaves du travail, du bonheur, sans désir (Lire « Comme moucher la vulve de Dieu »), sans passion ni élan créateur. Alors l’auteur boit et se bat (Lire « Danse avec la mort ») pour tuer l’esprit de lourdeur, la grisaille de la routine, la vie du troupeau. Le danger serait de verser dans le nihilisme et la tentation est grande pour cet admirateur de Dostoïevski  qu’il appelle Dosto, comme un frère spirituel. Mais Mike Kasprzak est un écrivain et son style surhumain transforme le plomb de la vie en or littéraire avec le panache du guerrier de l’esprit qu’est le surhomme quand, par exemple, il écrit que son histoire est « un coup d’épée dans une armée de cadavres » et que « seule compte la guerre. La guerre entre soi et le reste du monde.  Seul compte de faire rugir les lions sauvages. » Vous avez dit quasi nietzschéen ?

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 09:51
Visage à l'aigle Tremois"Ou bien, semblable aux aigles, qui regardent longtemps,
longtemps, le regard fixé dans les abîmes,
dans leur abîmes : — —
ô comme ils planent en cercle,
descendant toujours plus bas,
au fond de l’abîme toujours plus profond ! —...
puis
soudain,
d’un trait droit,
les ailes ramenées,
fondant sur des agneaux,
d’un vol subit, affamés,
pris de l’envie de ces agneaux,
détestant toutes les âmes d’agneaux,
haineux de tout ce qui a le regard
de l’agneau, l’œil de la brebis, la laine frisée
et grise, avec la bienveillance de l’agneau !

Tels sont,
comme chez l’aigle et la panthère,
les désirs du poète,
tels sont tes désirs, entre mille masques,
toi qui es fou, toi qui es poète !…

Toi qui vis l’homme,
tel Dieu, comme un agneau — :
Déchirer Dieu dans l’homme,
comme l’agneau dans l’homme,
rire en le déchirant —

Ceci, ceci est ta félicité !
La félicité d’un aigle et d’une panthère,
la félicité d’un poète et d’un fou ! »…"

Nietzsche in "Ainsi parlait Zarathoustra" - Le chant de la mélancolie
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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 16:11

Achille.jpg"Qu'est-ce qui est bien ? demandez-vous. Être brave, voilà qui est bien. Laissez dire les petites filles : "Bien, c'est ce qui est en même temps joli et touchant." "

 

Nietzsche in "Ainsi parlait Zarathoustra" - De la guerre et des guerriers

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 19:41

Breker Flora Futura"Dieu est mort : maintenant nous voulons - que le Surhomme vive."

 

Nietzsche in "Ainsi parlait Zarathoustra" - De l'homme supérieur §2

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 21:40
portrait.jpgRéponses au questionnaire de la Nietzsche académie d'Olivier Meyer, écrivain et poète, auteur du "Guide des citations Nietzsche" aux éditions Pardès (link) et de l'essai "Nietzsche Hyperboréen ou l'école du Surhomme" aux éditions du Lore (link).
 
Nietzsche académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?
 
Olivier Meyer - Nietzsche, c’est de la dynamite intellectuelle, un éveilleur de la conscience européenne. Je lui dois ma seconde naissance, la plus importante, celle du feu de l’esprit à l’image de Zeus qui foudroya Sémélé et donna naissance à Dionysos.

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?
O.M. - Lire et comprendre Nietzsche. Vivre et écrire avec son sang. Marcher dans l’ombre du Surhomme jusqu’au Grand Midi et le devenir.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?
O.M. - "La Généalogie de la morale" et "L’Antéchrist" comme explosifs. "Ainsi parlait Zarathoustra" comme livre de chevet à méditer à toute heure.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?
O.M. - De droite dans la mesure où Nietzsche est un aristocrate de l’esprit.
 
N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?
O.M. - Gabriele d'Annunzio, Céline, Ernst Jünger, Drieu la Rochelle, Saint-Loup, Jean Mabire, Louis Pauwels, Dominique Venner, Olivier Mathieu, Bruno Favrit.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme ?
O.M. - Un avatar de Dionyos, un génie de la nature qui fait danser la vie.
N.A. -Votre citation favorite de Nietzsche ?
O.M. - « Der Mensch ist etwas das überwunden werden soll. Was habt ihr getan ihn zu überwinden ? » L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter ? (In « Ainsi parlait Zarathoustra » – Le Prologue).
 
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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 14:11

Thomas-Roussot.jpgRéponses au questionnaire de la Nietzsche académie de l’écrivain Thomas Roussot auteur du livre « Nietzsche, la déraison du vivant » aux éditions L’Harmattan (link).

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?
Thomas Roussot - Il m’a aidé à ne pas me soumettre aux idées de mon temps, à cultiver le sens de l’inactualité. A suivre son chemin existentiel avec une exigence éthique réfractaire aux compromis réducteurs.

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?
T.R. - Refuser l’esprit de système, les valeurs qui vont de soi, le politiquement correct, défendre la souveraineté de son être, et ce en toutes circonstances.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?
T.R. - Ainsi Parlait Zarathoustra, pour une approche poétique et métaphorique de ses idées centrales.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?
T.R. - Sa philosophie étant mutante, elle est difficilement réductible à une conception politique déterminée.

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?
T.R. - Peter Sloterdijk, Edouard Limonov, Dominique Venner, Gabriel Matzneff, Jean-Paul Bourre.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?
T.R. - Celui qui face à la souffrance et l’absurdité de son existence, n’en déduit pas un verdict disqualifiant à l’égard du vivant.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?
T.R. - Il faut encore porter du chaos en soi pour enfanter une étoile.

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 17:40

Luc-Ferry.jpgRéponses du philosophe Luc Ferry au questionnaire de la Nietzsche académie.

 

Nietzsche académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Luc  Ferry - C’est le plus grand philosophe contemporain. C’est celui qui ouvre véritablement la période contemporaine. On pourrait aussi faire commencer la période contemporaine avec Schopenhauer. C’est vraiment l’idée de généalogie, l’idée de soupçon, la critique du nihilisme, la mort de Dieu, tous les thèmes de la philosophie contemporaine vont se retrouver développés déjà par Nietzsche. Et donc c’est de très loin le plus grand philosophe contemporain. Pour moi il y a trois très grands philosophes. Il y a Platon et Aristote pour les Anciens. Il y a Kant pour les modernes. Et il y a évidemment Nietzsche pour les contemporains. C’est de loin le plus important.

 

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

L.F. - « Le Crépuscule des idoles » sans aucune hésitation. C’est à mon avis son meilleur livre. A la fois il est très drôle. On y retrouve toute l’ironie, tout l’humour de Nietzsche, tout le style de Nietzsche. Mais en même temps c’est un des livres les plus argumentés, un des plus clairs, un des plus charpentés sur le plan – j’allais presque dire – rationnel.

 

N.A. - Être nietzschéen qu’est-ce que cela veut dire ?

L.F. - Rien. Cela ne veut rien dire. Vous pouvez être nietzschéen de gauche, de droite, du centre ou d’ailleurs. Vous pouvez lui faire dire n’importe quoi. Il y a eu des nietzschéens de toutes tendances. Il y a eu des nietzschéens hitlériens, il y a eu des nietzschéens soixante-huitards, quasiment Cohn-Bendit. Ca veut rien dire du tout.

     

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

L.F. - Cela ne veut rien dire du tout. On peut lui faire dire ce qu’on veut. Evidemment que Nietzsche est plutôt un homme de droite. C’est quand même, malgré tout, foncièrement un antidémocrate. Il déteste absolument l’anarchisme. Ses textes sont extrêmement hostiles à tout ce qui prolonge le nihilisme, c’est-à-dire toutes les religions de salut terrestre. Le concept de nihilisme est très important. Quand il parle de la mort de Dieu, il veut parler de la mort de l’idéal au fond, de l’idéal au sens où l’idéal est inventé pour nier le réel. Il parle de la structure du nihilisme. Et la structure du nihilisme se prolonge évidemment aussi bien dans le communisme, le socialisme, l’anarchisme, le progressisme, les droits de l’homme, l’idée démocratique, etc. Et donc d’une certaine manière oui c’est quand même plutôt un traditionaliste qu’un homme de gauche. Nietzschéisme de gauche c’est comme hitlérien cool et stalinien pluraliste, ça n’a pas de sens.

     

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?

L.F. - Non, il n’y en a pas. Il n’y a pas vraiment d’héritage de Nietzsche. Bien sûr il y a évidemment Foucault et Deleuze qui sont vraiment nietzschéens mais je ne les considère pas comme des grands auteurs.  Deleuze est un grand historien de la philosophie mais ce n’est pas un grand penseur, Foucault non plus. Parmi les romanciers, je pense qu’il y a une influence réelle de Nietzsche chez Thomas Mann, notamment dans le premier Thomas Mann, celui des « Considérations d’un apolitique ». Le seul très grand philosophe à mon avis au 20 ème siècle c’est quand même Heidegger et il n’est pas nietzschéen bien que son livre sur Nietzsche soit magnifique, c’est un très grand livre, mais ce n’est pas un nietzschéen. Personne n’est vraiment nietzschéen parce que Nietzsche est tellement original, tellement singulier et sa pensée, en vérité, est tellement cohérente. Ce n’est pas du tout un poète bien que ce soit un immense écrivain. Franchement sortir telle ou telle idée de Nietzsche, la sortir de son contexte, j’allais presque dire, systématique. Bien sûr je sais que ce n’est pas un penseur du système mais malgré tout, il a une pensée extraordinairement charpentée et cohérente.  Oui il y a des thèmes nietzschéens qu’on retrouvera même chez Heidegger par exemple. Abbau der Metaphysik ça vient directement de Nietzsche, la déconstruction ça vient directement de Nietzsche. La formulation est de Nietzsche lui-même. Mais on ne peut pas sortir un thème de son contexte en disant voilà ça c’est nietzschéen, non il faut qu’il y ait l’ensemble pour que cela ait du sens.  Paradoxalement Nietzsche est un penseur presque systématique.

 

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?

L.F. - Non. C’est un des rares thèmes de Nietzsche auquel je ne m’attaquerai pas. Parce que je trouve le thème extraordinairement flou. Il y a chez Nietzsche lui-même plusieurs interprétations du surhomme. Je trouve que ce n’est pas son meilleur concept. De tous les concepts nietzschéens, c’est vraiment le seul qui ne m’intéresse pas.

 

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

L.F. - Il y en a deux qui me paraissent les plus importantes. « Ce qui a besoin d’être démontré ne vaut pas grand-chose » dans « Le Crépuscule des idoles ». Et puis une autre extraite de « La Volonté de Puissance » : « Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations ». Je pense que ce sont ses deux paroles probablement les plus importantes.

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