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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 14:21

Esprit du Monde-copie-1"Nietzsche introduit en effet ce dieu aryen dans une Europe extenuée. Il veut s'en faire l'évangéliste. C'est un acte désespéré, il ne l'ignore pas. (...) Nietzsche veut lui aussi être l'initiateur d'une révolution; cette fois à l'échelle d'un vieux continent où les valeurs gagneront à être transmuées et la morale revisitée, revitalisée, sauvée de la rigidité de deux mille ans de préceptes et d'interdits. Au monothéisme prosélyte, le fils présumé de Dionysos substitue un principe libérateur. Contre le dogme, il encourage à hisser l'intelligence au-dessus de la mêlée formée par cette foule - les mouches de la place publique - qui ne veut pas entendre parler d'un homme appelé à se dépasser." (Source: Esprit du Monde, Oeuvres en perspectives de Bruno Favrit aux éditions Auda Isarn.)

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 15:15

couverture Nietzsche[1]Critique de l'écrivain Olivier Mathieu à l'essai Nietzsche Hyperboréen ou l'école du Surhomme d'Olivier Meyer (éditions du Lore, 2011):

 

"Frédéric Nietzsche vécut de 1844 à 1900. Mais, à dire vrai, indiquer ses dates de naissance et de mort m'a toujours semblé assez vain, tant ce philosophe - cet artiste, ce poète - allemand fut, avant tout, quelqu'un que j'aimerais définir (et qui a déjà été souvent défini (1) comme "un combattant contre son époque".

Ce qui me frappe dans ces dates (1844-1900), c'est que Nietzsche semble avoir voulu en quelque sorte éviter de vivre au XXe siècle: comme s'il avait deviné à quel point ce siècle serait laid et vain. Je ne peux m'empêcher de dire, ici, ce que j'ai déjà écrit dans un de mes propres livres, à savoir que Nietzsche est né le 15 octobre (et moi, le 14 de ce mois). Il y a en tout cas sans doute plus qu'une simple coïncidence dans le fait que Nietzsche (en quelque sorte annonciateur de la mort de la civilisation européenne) soit né dans les jours d'octobre dont les astrologues (je parle d'astrologues sérieux) et les ésotéristes connaissent le poids symbolique particulièrement fort, de ce point de vue.

Et puis, non seulement une partie de son oeuvre - si riche et si complexe! -. fut publiée après sa mort (2), non seulement cette oeuvre est d'une certaine façon inachevée, mais encore Nietzsche a écrit - comme chacun sait - en allemand. Et l'un des problèmes réside dans le fait que nous le lisons généralement dans des traductions françaises. Et que ces traductions, selon leur auteur (et, donc, selon la période historique de leur publication) diffèrent les  unes des autres. Il arrive parfois que deux traductions d'un même texte de Nietzsche ne se ressemblent que de façon très lointaine. Ou encore, il est bien connu que les traducteurs, ou les philosophes, ne traduisent pas de la même façon certains termes. Parmi ces termes, ainsi, celui de "Surhomme".

C'est que le français "surhomme", l'italien "superuomo", voire l'anglais "Superman" (toutes traductions de l'allemand "Ubermensch") ne peuvent certes pas être neutres, notamment selon qui l'emploie, et à quelle époque il l'emploie. Chacun, donc, donne en quelque sorte son interprétation. Chacun suit sa propre méthode. Chacun fait ses choix de vocables, et ces choix ne sont jamais gratuits.

C'est ces questions qu'Olivier Meyer, lui aussi, a dû affronter et résoudre. Il le fait à sa façon, dans un livre qui n'est pas exagérément épais, mais fort bien construit. Un livre (dont la couverture aussi - pourquoi ne pas le dire? - est à mon avis très réussie) qui a l'excellente idée de laisser, la plupart du temps, la parole à Nietszche en personne. Et un livre qui n'hésite pas à reporter, dans son titre donc sur sa couverture, les mots (voilà qui n'est certes pas banal!) : "Ecole du Surhomme"... Des mots  qui, c'est à craindre, et vu que nous sommes en France et en 2011, pourront  faire grincer quelques dents!

S'il nous faut tenter de donner en quelques mots - dans les limites de cette brève recension - une définition de ce "Surhomme" chez Nietzsche, alors le Surhomme nietzschéen est celui qui développe (ou qui développera) au mieux sa "volonté de puissance"; c'est celui qui se situe (ou qui se situera) au-delà du bien et du mal; c'est celui qui défend ses droits, avec passion et véhémence si nécessaire, contre les esprits médiocres. Certes, il existe des différences, en Nietzsche, entre ce que nous appellerions le noyau central et initial de sa philosophie, au temps de sa jeunesse; et celle qu'il développera dans les dernières années de son existence, celles de la maladie (à partir de 1879) et de l'errance d'une maison de repos à une autre jusqu'à l'apparition de la "folie" (1889) et jusqu'à la mort. Mais pour citer en substance Giovanni Semprini (3), "Nietzsche affirme la vie supérieure de l'esprit. Il fut d'abord influencé par les pessimistes et par le naturalisme; ses inspirateurs sont Schopenhauer et Wagner. Dans "Zarathustra", le Surhomme est encore celui qui a foi dans la vie, accepte joyeusement l'existence, éprouve les extrêmes du bonheur et du malheur".

Tout ceci, naturellement, demanderait encore des précisions et des développements. Mais s'il est vrai que rien ne peut remplacer la lecture de l'auteur en personne, c'est-à-dire Nietzsche, il est exact que le lecteur trouvera utilement maintes de ces précisions, et maints de ces développements dans le livre d'Olivier Meyer.

Nietzsche, c'est l'homme hors du temps. C'est, pour reprendre les propres termes (4) du philosophe (lettre à Von Bülow, 22 octobre 1897), "l'homme qui n'a pas eu, et, en vérité, qui n'a pas voulu avoir de présent".

Homme hors du temps, donc au dessus du temps... Actuel ou inactuel, Nietzsche? C'est la grande question...

A-t-il existé, hier, des tentatives d'une "école du Surhomme"?... Et surtout : peut-il, pourra-t-il encore en exister, demain voire aujourd'hui ? Que le "Surhomme" soit à entendre comme un "homme supérieur" ("surhomme" caricatural qui correspond assez bien à... Superman, le personnage américain), ou alors comme à quelque chose qui doive "dépasser" l'Homme, force m'est de dire que l'on ne va pas dans la bonne direction...

Il me semble que le vingtième siècle a été, dans l'immense majorité des cas, le siècle des nains. Et quant à l'humanité de demain, promise par les savants de l'époque d'Obama et de Sarkozy (j'entends par là - car tel est le scénario des vingt années à venir, je prends date -  l'humanité du clonage; l'humanité des manipulations génétiques; l'humanité des opérations chirurgicales qui te font changer de sexe; l'humanité des robots qui seront onmiprésents; l'humanité des transportations sur Mars; l'humanité de l'hypertechnologie, l'humanité de la surveillance électronique constante de qui que ce soit par Big Brother; l'humanité du contrôle de la pensée à des fins "démocratiques";  l'humanité qui est déjà "microchipée" plus ou moins à son insu, en 2011, et le sera toujours davantage; l'humanité ivre de "liberté" et dont des millions d'individus se "fichent" eux-mêmes sur Facebook...), cette humanité n'aura rien, non, vraiment rien de surhumain ou de nietzschéen.

Il convient donc, tant qu'il en est encore temps, de lire l'ouvrage d'Olivier Meyer." 

 

     

(1) Cf. R. Steiner, "F. Nietzsche, Ein Kämpfer gegen seine Zeit", Dornach, 1926.

(2) Notamment "Ecce Homo. Wie man wird, was man ist", qui fut publié en 1908, et "Der Wille zur Macht" ("Volonté de Puissance"), qui fut publié en 1906 et 1907.

(3) Dans cet ordre d'idées, celui de définitions relativement simples, on  consultera par exemple Giovanni Semprini,  "Piccolo Dizionario di coltura filosofica e scientifica" (en français : "Petit dictionnaire de culture philosophique et scientifique"), éditions Athena, Milan, 1931.  A noter que Nietzsche était mort fort peu de temps auparavant, et que les premières traductions de son oeuvre apparaissent, en Italie, vers 1930. Le terme de "Surhomme", dans l'ouvrage de Giovanni Semprini, est analysé à la page 452. L'article sur Nietzsche se trouve quant à lui à la page 330.

(4) Voir l'édition italienne de "Généalogie de la Morale", éditions Adelphi, première édition juin 1984, page 165.

 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 11:30

couverture Nietzsche[1]Publication de l'essai Nietzsche Hyperboréen ou l'école du surhomme d'Olivier Meyer aux éditions du Lore (http://www.ladiffusiondulore.fr/310-nietzsche-hyperboreen-ou-l-ecole-du-surhomme.html), un essai révolutionnaire sur Nietzsche et sa vision du monde hyperboréenne jusqu'alors occultée. Présentation de la quatrième page de couverture:

« Regardons nous en face. Nous sommes des Hyperboréens ». Ce jugement de Nietzsche tiré de L’Antéchrist répond à la question posée dans Le Gai Savoir :  « Que dit ta conscience ? – Tu dois devenir celui que tu es. » Nietzsche a montré la voie. Il a surmonté, dans un effort surhumain, son héritage familial protestant, sa culture chrétienne, son environnement social, le confort petit-bourgeois, sa carrière universitaire, pour devenir lui-même, un bon Européen, un Hyperboréen. Le surhomme est en vous. N’attendez plus, sortez du troupeau et devenez ce que vous êtes. Nietzsche Hyperboréen ou l’école du surhomme, inspiré de sa philosophie, constitue une véritable méthode du grand devenir nietzschéen. La décision est entre vos mains. « L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter ? »

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 13:56

Brekerpredestination"Pour Zarathoustra, l'heure historique est venue et il s'impatiente. C'est l'heure de la récolte, c'est-à-dire de la montée du Surhomme. Cette heure historique est d'une impitoyable grandeur dans sa rigueur révolutionnaire: plus de temps à perdre avec les héros du passé: "Pour la dernière fois j'ai parlé à un mort." C'est l'heure de la table rase pour une création absolument nouvelle. Il ne s'agit pas de convaincre les foules, car il ne s'agit pas d'organiser une révolution socio-politique, ni même religieuse, il s'agit de bien plus: il s'agit d'attirer hors de la foule, de désengluer de la médiocrité ambiante une élite faible par le nombre, mais d'une lucidité sans faiblesse et capable de préparer le formidable avènement de la mutation surhumaine, un seuil comme celui qui nous a fait passer de l'hominien à l'homme (du singe à l'homme, dit Zarathoustra, selon le langage darwinien de son époque). Cette préparation comporte une totalité et une interaction spirituelle, eugénique et biologique." (Source: commentaire de Robert Dun tiré de sa traduction d'Ainsi parlait Zarathoustra, A.H.E, 1988.)

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 10:46

Breker atelier"Un Dieu tout neuf monte en nous, nous dotant du fardeau d'une totale responsabilité : "Votre volonté doit dire : que le Surhomme soit le sens de la terre." Espérances paradisiaques et terreurs infernales sont balayées en même temps : l'avenir sera ce que nous le ferons et la vie terrestre en est le grand atelier dans lequel l'aspirant-Surhomme doit buriner dans la chair sa propre réalisation."

 

(Source: commentaire de Robert Dun tiré de sa nouvelle traduction d'Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche aux éditions A.H.E., 1988)

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 15:20

DrieuMalraux"F.G. - L'une des grandes admirations de Drieu - et ceci dès son adolescence - a été Nietzsche. Lorsqu'il parle de vos oeuvres, il est très sensible à leur aspect nietzschéen. Qu'était le Nietzsche de Drieu?

A.M. - Eh bien c'était d'abord le grand irrationaliste. En second lieu, l'initiateur à la pensée orientale [indo-aryenne], l'homme de l'éternel retour. Et enfin ce qu'il appréciait dans tous les écrits de Nietzsche c'était la magnifique générosite de l'intelligence." (Source: Frédéric J. Grover, Six entretiens avec André Malraux sur des écrivains de son temps (1959-1975), Gallimard, 1978.)

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 12:08

Cau"Avec Nietzsche et Marx s'est ouvert le formidable débat des temps nouveaux. Nietzsche est véritablement l'Antéchrist et, en ce sens, l'anti-Marx puisque le marxisme n'est que le fils très naturel du judéo-christianisme. Dans l'arène du monde, l'explication se déroula entre Staline et Hitler, entre Staline (fils peut-être thalidomidien de Marx) et Hitler, fils de Nietzsche, qu'on le veuille ou non, et malgré les détournements fébriles de Zarathoustra et du surhomme auxquels se livrent les exégètes démocrates fort ennuyés. De cette explication, par personnes interposées, entre Nietzsche et Marx, entre le "surhomme" et l'"esclave", entre le Grec et le Juif, entre le Grand Pan et le Galiléen, de ce discours de fer et de feu, les démocraties furent idéologiquement absentes et l'Amérique - malgré le second front ouvert en 1944! - fut surtout l'usine d'armements où puisa l'Union soviétique. La paix revenue, il est vrai que Marx-Staline semblent l'avoir emporté, mais il n'en reste pas moins que le mythe de la fin de l'Histoire est sorti épuisé de la lutte alors que celui de l'Übermensch s'est instillé à nouveau - en plein XXème siècle! - dans le tissu des peuples et des hommes. Pour vaincre le Grand Pan formidablement et terriblement ressuscité, il a fallu que le Galiléen aille demander secours à Staline! Quant à l'entre-deux démocratique, quant à la Raison, elle ne s'est pas relevée et ne se relèvera pas de l'aventure." (Source: "Le Grand Pan et le Galiléen" de Jean Cau in Les écuries de l'Occident, La Table Ronde, 1973.) 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 15:20

Faye"Tous ces crachoteurs philosophards, qui tentent de détourner Nietzsche (comme ils ont détourné Céline et tant d'autres), nous expliquent, avec la classique posture d'imposteurs, qu'au fond le Surhomme n'est pas le Dominateur, mais le "penseur" qui domine son "empire intérieur", bref, une sorte de moine, d'ascète mondain, mais surtout pas un guerrier! Biaiseries d'exégètes travestisseurs." (Source: Guillaume Faye in Avant-Guerre, Chronique d'un cataclysme annoncé, L'Aencre, 2002).

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 15:21

"En tout cas, la thèse de la « nordification », aussi forcée soit-elle, n’est pas une « falsification » du même ordre que le caviardage des textes ou leur interpolation intéressée, mais relève bien d’une interprétation tendant à restituer la cohérence d’ensemble d’une œuvre éclatée. Il ne s’agit ici que d’ouvrir des pistes. Si celle de Bäumler– celle qui passerait par la lecture de son livre de 1931 – est intéressante, c’est pour l’éclairage apporté à des insistances de Nietzsche lui-même, à des orientations suggérées. L’Antéchrist commence par cette adresse hautement énigmatique : « Sehen wir uns ins Gesicht ; Wir sind Hyperboreer… jenseits des Nordes, des Eises, des Todes-unser Leben, unser Glück ». Le « Nord » est la glace, mais la glace est « notre » bonheur ! La mort même est « notre » bonheur. A qui Nietzsche parle-t-il, en donnant pour indice d’affinité et de parenté, ce « Nord » glacial et mortel ? Bäumler a à sa façon tenté d’identifier ce « nous » – ce « nous » qui oserait se regarder en face et s’identifier à la Mort Heureuse. Qui est Pindare, le poète des Hyperboréens ? Comment cette mythologie ancienne entre-t-elle en résonance avec les sagas d’Islande découvertes après que Nietzsche a écrit ces lignes ? Voilà les questions à partir desquelles Bäumler a « reconstruit » Nietzsche." (Source: François Guery, « Complément Bäumler : analyse d’une falsification », Noesis, N°10, 2006. URL : http://noesis.revues.org/index632.html)

 

Pour info et aller plus loin dans "la piste", publication fin avril de l'essai "Nietzsche Hyperboréen ou l'école du surhomme" d'Olivier Meyer aux éditions du Lore.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 07:43

"Colli et Montinari insistent sur le caractère étranger de Nietzsche vis-à-vis de l’antisémitisme et de la judéophobie ? C’est là exactement le point de vue d’Élisabeth. Si les deux éditeurs, en publiant Socrate et la tragédie, rejettent la conclusion de la conférence (« ce socratisme, c’est la presse juive ») dans les apparats critiques, quand ils ne la suppriment pas purement et simplement, la sœur outragée du philosophe procédait de la même façon. Celle-ci, dans sa biographie, se réfère amplement à cette conférence, tout en passant sa conclusion sous silence ; elle rapporte les réactions à la fois admiratives et inquiètes de Cosima et Richard Wagner, mais sans préciser que ce qui les avait provoquées était l’identification explicite du socratisme et du judaïsme. D’ailleurs, Colli et Montinari suggèrent eux-mêmes que ce n’est peut-être pas l’auteur de la conférence qui a lui-même arraché la page finale de Socrate et la tragédie, qui contient la conclusion que nous avons vue. Comment expliquer le geste d’Élisabeth sinon par sa volonté de mettre le philosophe à l’abri des accusations d’antisémitisme ?

Élisabeth est la destinataire des lettres dans lesquelles le jeune Nietzsche donne libre cours à sa judéophobie : celui-ci se vante d’avoir « enfin » trouvé une auberge où il est possible de jouir de ses repas sans avoir à subir la vue de ces « espèces de mufles juifs », ainsi que, toujours en se référant aux Juifs, de ces « singes dégoûtants dépourvus d’esprit et autres commerçants » ; à l’opposé, il exprime son mécontentement au théâtre, à l’occasion d’une représentation de l’Africaine de Meyerbeer (le compositeur d’origine juive raillé par Wagner), de tomber sur des « Juifs et des acolytes des Juifs où qu’on tourne le regard ». Il va jusqu’à écrire, s’adressant à sa sœur : « Comment peux-tu exiger de moi que je commande un livre chez un antiquaire juif insolent ? » Élisabeth évite de claironner ces lettres : au contraire, elle étend sur elles un voile charitable de silence : mais n’est-ce pas de la même façon que procède l’édition Colli-Montinari ? Voici un autre exemple significatif. Après l’éreintement de la Naissance de la tragédie, Nietzsche flétrit Willamowitz en le traitant de « jeune homme infesté par l’arrogance juive » ; il ironise aussi sur la froideur du maître, ou de l’ex-maître Ritschl, en la mettant sur le compte de sa culture marquée par l’empreinte alexandrine, ou plus exactement « hébraïco-romaine ». On trouve des accents comparables dans les réactions du cercle d’ami du philologue-philosophe de Bâle. Élisabeth pour sa part se limite plus froidement, dans sa biographie, à critiquer l’étroitesse d’horizon des philologues de profession. En dernière analyse, si la violente judéophobie du jeune Nietzsche est restée dans l’ombre pendant tant de temps, c’est en tout premier lieu grâce au voile pudique que sa sœur complaisante a étendu sur elle." (Source: Domenico Losurdo, « Les lunettes et le parapluie de Nietzsche », Noesis, N°10, 2006. URL : http://noesis.revues.org/index612.html)

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