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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 15:15

couverture Nietzsche[1]Critique de l'écrivain Olivier Mathieu à l'essai Nietzsche Hyperboréen ou l'école du Surhomme d'Olivier Meyer (éditions du Lore, 2011):

 

"Frédéric Nietzsche vécut de 1844 à 1900. Mais, à dire vrai, indiquer ses dates de naissance et de mort m'a toujours semblé assez vain, tant ce philosophe - cet artiste, ce poète - allemand fut, avant tout, quelqu'un que j'aimerais définir (et qui a déjà été souvent défini (1) comme "un combattant contre son époque".

Ce qui me frappe dans ces dates (1844-1900), c'est que Nietzsche semble avoir voulu en quelque sorte éviter de vivre au XXe siècle: comme s'il avait deviné à quel point ce siècle serait laid et vain. Je ne peux m'empêcher de dire, ici, ce que j'ai déjà écrit dans un de mes propres livres, à savoir que Nietzsche est né le 15 octobre (et moi, le 14 de ce mois). Il y a en tout cas sans doute plus qu'une simple coïncidence dans le fait que Nietzsche (en quelque sorte annonciateur de la mort de la civilisation européenne) soit né dans les jours d'octobre dont les astrologues (je parle d'astrologues sérieux) et les ésotéristes connaissent le poids symbolique particulièrement fort, de ce point de vue.

Et puis, non seulement une partie de son oeuvre - si riche et si complexe! -. fut publiée après sa mort (2), non seulement cette oeuvre est d'une certaine façon inachevée, mais encore Nietzsche a écrit - comme chacun sait - en allemand. Et l'un des problèmes réside dans le fait que nous le lisons généralement dans des traductions françaises. Et que ces traductions, selon leur auteur (et, donc, selon la période historique de leur publication) diffèrent les  unes des autres. Il arrive parfois que deux traductions d'un même texte de Nietzsche ne se ressemblent que de façon très lointaine. Ou encore, il est bien connu que les traducteurs, ou les philosophes, ne traduisent pas de la même façon certains termes. Parmi ces termes, ainsi, celui de "Surhomme".

C'est que le français "surhomme", l'italien "superuomo", voire l'anglais "Superman" (toutes traductions de l'allemand "Ubermensch") ne peuvent certes pas être neutres, notamment selon qui l'emploie, et à quelle époque il l'emploie. Chacun, donc, donne en quelque sorte son interprétation. Chacun suit sa propre méthode. Chacun fait ses choix de vocables, et ces choix ne sont jamais gratuits.

C'est ces questions qu'Olivier Meyer, lui aussi, a dû affronter et résoudre. Il le fait à sa façon, dans un livre qui n'est pas exagérément épais, mais fort bien construit. Un livre (dont la couverture aussi - pourquoi ne pas le dire? - est à mon avis très réussie) qui a l'excellente idée de laisser, la plupart du temps, la parole à Nietszche en personne. Et un livre qui n'hésite pas à reporter, dans son titre donc sur sa couverture, les mots (voilà qui n'est certes pas banal!) : "Ecole du Surhomme"... Des mots  qui, c'est à craindre, et vu que nous sommes en France et en 2011, pourront  faire grincer quelques dents!

S'il nous faut tenter de donner en quelques mots - dans les limites de cette brève recension - une définition de ce "Surhomme" chez Nietzsche, alors le Surhomme nietzschéen est celui qui développe (ou qui développera) au mieux sa "volonté de puissance"; c'est celui qui se situe (ou qui se situera) au-delà du bien et du mal; c'est celui qui défend ses droits, avec passion et véhémence si nécessaire, contre les esprits médiocres. Certes, il existe des différences, en Nietzsche, entre ce que nous appellerions le noyau central et initial de sa philosophie, au temps de sa jeunesse; et celle qu'il développera dans les dernières années de son existence, celles de la maladie (à partir de 1879) et de l'errance d'une maison de repos à une autre jusqu'à l'apparition de la "folie" (1889) et jusqu'à la mort. Mais pour citer en substance Giovanni Semprini (3), "Nietzsche affirme la vie supérieure de l'esprit. Il fut d'abord influencé par les pessimistes et par le naturalisme; ses inspirateurs sont Schopenhauer et Wagner. Dans "Zarathustra", le Surhomme est encore celui qui a foi dans la vie, accepte joyeusement l'existence, éprouve les extrêmes du bonheur et du malheur".

Tout ceci, naturellement, demanderait encore des précisions et des développements. Mais s'il est vrai que rien ne peut remplacer la lecture de l'auteur en personne, c'est-à-dire Nietzsche, il est exact que le lecteur trouvera utilement maintes de ces précisions, et maints de ces développements dans le livre d'Olivier Meyer.

Nietzsche, c'est l'homme hors du temps. C'est, pour reprendre les propres termes (4) du philosophe (lettre à Von Bülow, 22 octobre 1897), "l'homme qui n'a pas eu, et, en vérité, qui n'a pas voulu avoir de présent".

Homme hors du temps, donc au dessus du temps... Actuel ou inactuel, Nietzsche? C'est la grande question...

A-t-il existé, hier, des tentatives d'une "école du Surhomme"?... Et surtout : peut-il, pourra-t-il encore en exister, demain voire aujourd'hui ? Que le "Surhomme" soit à entendre comme un "homme supérieur" ("surhomme" caricatural qui correspond assez bien à... Superman, le personnage américain), ou alors comme à quelque chose qui doive "dépasser" l'Homme, force m'est de dire que l'on ne va pas dans la bonne direction...

Il me semble que le vingtième siècle a été, dans l'immense majorité des cas, le siècle des nains. Et quant à l'humanité de demain, promise par les savants de l'époque d'Obama et de Sarkozy (j'entends par là - car tel est le scénario des vingt années à venir, je prends date -  l'humanité du clonage; l'humanité des manipulations génétiques; l'humanité des opérations chirurgicales qui te font changer de sexe; l'humanité des robots qui seront onmiprésents; l'humanité des transportations sur Mars; l'humanité de l'hypertechnologie, l'humanité de la surveillance électronique constante de qui que ce soit par Big Brother; l'humanité du contrôle de la pensée à des fins "démocratiques";  l'humanité qui est déjà "microchipée" plus ou moins à son insu, en 2011, et le sera toujours davantage; l'humanité ivre de "liberté" et dont des millions d'individus se "fichent" eux-mêmes sur Facebook...), cette humanité n'aura rien, non, vraiment rien de surhumain ou de nietzschéen.

Il convient donc, tant qu'il en est encore temps, de lire l'ouvrage d'Olivier Meyer." 

 

     

(1) Cf. R. Steiner, "F. Nietzsche, Ein Kämpfer gegen seine Zeit", Dornach, 1926.

(2) Notamment "Ecce Homo. Wie man wird, was man ist", qui fut publié en 1908, et "Der Wille zur Macht" ("Volonté de Puissance"), qui fut publié en 1906 et 1907.

(3) Dans cet ordre d'idées, celui de définitions relativement simples, on  consultera par exemple Giovanni Semprini,  "Piccolo Dizionario di coltura filosofica e scientifica" (en français : "Petit dictionnaire de culture philosophique et scientifique"), éditions Athena, Milan, 1931.  A noter que Nietzsche était mort fort peu de temps auparavant, et que les premières traductions de son oeuvre apparaissent, en Italie, vers 1930. Le terme de "Surhomme", dans l'ouvrage de Giovanni Semprini, est analysé à la page 452. L'article sur Nietzsche se trouve quant à lui à la page 330.

(4) Voir l'édition italienne de "Généalogie de la Morale", éditions Adelphi, première édition juin 1984, page 165.

 

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Published by Nietzsche académie - dans Kultur
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