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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 14:57

Cesare Borgia"Dans sa tentative de définition du surhomme, Nietzsche procède par ellipses et nous délivre parfois au détour d’une phrase, une clé d’accès à sa compréhension :

 « Quand je soufflais à quelqu’un qu’il ferait mieux de s’enquérir d’un César Borgia que d’un Parsifal, il n’en croyait pas ses oreilles. » (in Ecce homo - Pourquoi j’écris de si bons livres §1).

César Borgia plutôt que Parsifal, redoutable aveu qui en dit long sur la nature du surhomme et éloigne de nous tout idéal fantasmagorique d’homme vertueux pour l’incarner. L’historien Jacob Burckhardt appelait César Borgia « le grand criminel ». Il est l’incarnation du Prince de Machiavel, son modèle cité au chapitre Des principautés nouvelles qui s’acquièrent par les forces et fortune d’autrui de son essai Le Prince. Seigneur italien de la Renaissance, fils du pape Alexandre VI, cardinal, duc du Valentinois puis seigneur de Romagne, César Borgia pratiquait l’assassinat politique et la ruse comme mode de gouvernance, sans oublier sa luxure et sa relation présumée incestueuse avec sa soeur Lucrèce. Morale par-delà le bien et le mal, figure d’aristocrate, bête de proie, volonté de puissance, stupre, lucre et sang, voilà les ingrédients du surhomme version César Borgia. Qu’est-ce-à-dire, que faut-il en penser ? Le surhomme est-il un être sans foi ni loi, un ambitieux cynique et amoral ? En fait César Borgia n’est pas un surhomme (ses passions sont faciles, trop humaines, sans noblesse ni création, son aristocratie est bestiale, sans maîtrise et dépassement de soi), il sert juste d’argument dialectique pour Nietzsche afin d’ancrer la figure du surhomme dans le camp antichrétien, par opposition notamment à Parsifal. Nietzsche dessine plus un portrait en creux du surhomme qu’il ne le définit vraiment. C’est pourquoi la référence à César Borgia, provocatrice à souhait, est d’abord destinée à opposer le surhomme à la figure de Parsifal. Sans oublier l’opposition de Nietzsche à Wagner auteur précisément d’un opéra intitulé Parsifal. Parsifal est le chevalier candide, d’aucuns diraient niais, un simple d’esprit en quête du Graal, ce symbole de pureté interprété par les chrétiens comme le calice de la Cène où a bu pour la dernière fois le Christ, une idole chimérique aux vertus rédemptrices. Tout le contraire du surhomme qui est un homme fidèle à la terre, ne cherchant son salut que dans le triomphe de sa volonté, confiant en sa force et son courage, maître de son destin. Alors oui, le surhomme est plus proche de César Borgia que de Parsifal, même s’il n’est pas César Borgia, loin s’en faut. On peut au mieux avancer qu’il existe des points de convergence. Le surhomme est César Borgia plutôt que Parsifal dans la mesure où le surhomme est aussi un aristocrate, une bête de proie, un guerrier qui aime la vie donc les plaisirs de la chair, que sa morale est par-delà le bien et le mal, celle des créateurs ; sa vision de la vie, vitaliste, animée par la volonté de puissance ; sa création, son royaume sur terre, ici et maintenant ; son destin, des victoires et des conquêtes." (Source: Nietzsche Hyperboréen ou l'école du Surhomme d'Olivier Meyer aux éditions du Lore, 2011).

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Published by Nietzsche académie - dans Devenir
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