Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 20:22
Ceux d'en haut

"- Je sais ce que tu es, lui dit-elle. J'en ai reçu en quelque sorte la révélation cette nuit.
- Méfions-nous des raccourcis et des jugements hâtifs. Tu ne me vois pas comme je suis en réalité. Il y a ces traits de caractère que chacun porte mais dissimule puisqu'ils ne peuvent jamais être à son avantage.
- Laisse-moi terminer. Je t'ai vu évoluer en ma présence, ces quelques jours après avoir lu ton oeuvre. Ta vie est en adéquation avec elle.
- Voilà que tu cherches à m'étiqueter ! Mais je n'ai rien d'un surhomme, je suis même malade, sais-tu ; le contact de mes semblables me fragilise considérablement.
- Oui, tu es malade de leur médiocrité.
- Admettons que tu aies raison, il faudra le garder pour toi. Car la vie n'a pas d'école et ses partisans se sont tus. Ceux qui ne la conçoivent pas comme volonté de puissance sont plus nombreux que jamais. Oui, il y a une réelle aversion face à ce qui pourrait élever l'homme. Ce à quoi se vouent les Vilrac, qui ne supportent pas qu'au sein d'une communauté, des castes se dessinent tout naturellement, malades/bien portants, exploitants/exploités. Tout part de la volonté ou de la non volonté d'être. Une vérité aveuglante mais qu'un élément du commun ne peut évidemment admettre. La perspective de vivre et de mourir comme un homme ordinaire, c'est ce qu'Epictète t'invite à rejeter. Mais tu n'en fais pas forcément le choix. Cette perspective est ou n'est pas en toi. Et l'éducation n'y rentre que pour une faible part. Ah ! Ce ne sont que des mots ! ponctua-t-il. Et qui ne mènent à rien. Nous manquons de motifs d'action, voilà tout.(...)"

Bruno Favrit, extrait de "La voie hérakléenne" in "Ceux d'en haut", recueil de nouvelles aux éditions Auda Isarn, 2007

Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 19:26
Entre vos mains

"La foudre surhumaine est entre vos mains..."

Olivier Meyer, "Nietzsche. Guide des citations", éd. Pardès.

Published by Nietzsche académie - dans Devenir
commenter cet article
6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 22:16
De la physiologie

"Deuxième principe : créer un parti de la vie, assez fort pour la grande politique : la grande politique fait de la physiologie la reine de toutes les questions, - elle veut élever l'Humanité comme un tout, elle mesure la place des races, des peuples, des individus, d'après leur [-], d'avenir, d'après la garantie de vie que comporte leur avenir, - elle met impitoyablement fin à tout ce qui est dégénéré et parasitaire."

Nietzsche, Fragments posthumes. Début 1888 - début janvier 1889, tome XIV des Oeuvres philosophiques complètes, Gallimard.

Published by Nietzsche académie - dans Devenir
commenter cet article
5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 18:51
Le Parti de la Vie

"J'entends ici par " parti de la vie " ce vaste mouvement historique européen dont Nietzsche fut tout à la fois le fondateur, le penseur inaugural et, parfois, le poète. Il englobe donc l'oeuvre de Nietzsche lui-même et tout ce qui s'inscrit vraiment dans sa postérité, dont notamment le phénomène national-socialiste, mais aussi le fascisme historique, qui faisait chanter à ses partisans "Jeunesse, jeunesse, printemps de beauté" (Giovinezza, giovinezza, primavera di bellezza)."

Philippe Baillet, "Le Parti de la vie. Clercs et guerriers d'Europe et d'Asie", éditions Akribeia

http://www.akribeia.fr/akribeia/1712-le-parti-de-la-vie.html

Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 19:06
De la mystification gauchiste

Le Point du 29 octobre consacre sa Une à Nietzsche avec en sous-titre "le philosophe contre la bêtise et la déprime". Le programme était prometteur, las, grosse déception, l'article de Roger-Pol Droit (Travers serait plus juste...) est une mystification gauchiste de plus sur le sage de Sils-Maria. Ce n'est pas dans mes habitudes d'être réactif, philosophie nietzschéenne oblige, mais la vie - pour paraphraser Nietzsche - est aussi une lutte pour le goût et les valeurs. Roger-Pol Droit invente de toutes pièces un Nietzsche de gauche - comme l'a bien noté par ailleurs le philosophe Clément Rosset - qui n'existe que dans sa cervelle intoxiquée à la moraline, en mettant en avant le concept de "bigarrure" - on est prié de ne pas rire - censé exister dans l'oeuvre de Nietzsche. La ficelle est grosse, l'apologie de la diversité et du multiculturalisme à peine voilée, sans parler de l'antiracisme imaginaire attribué à Nietzsche avec des citations apocryphes non sourcées - on croit rêver - quand "La Généalogie de la morale" est un pamphlet raciste faisant l'apologie de la bête blonde. Je ne parle même pas du surhomme qui est un gros mot dans la bouche des gauchistes qui préfèrent parler de surhumain, beaucoup plus conceptuel et abstrait... Bref, on nage dans le révisionnisme philosophique de gauche le plus grossier, une vision du monde efféminée à leur image, à oublier d'urgence.

Published by Nietzsche académie - dans Débats
commenter cet article
24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 18:36
Pour une révolution nietzschéenne

"J’appartiens à cette génération Y qui aura eu vingt ans dans un monde désenchanté où tout est à vendre et à consommer. Partout triomphe l’esprit de lourdeur et l’homme, nonobstant la mort de Dieu, persiste à rester humain, trop humain. Le système éminemment conservateur – toutes tendances politiques confondues – est organisé pour tuer l’homme supérieur et toute volonté de grandeur. Comment s’étonner dans ces conditions des dépressions, des suicides, de la violence et de la montée des extrémismes ? La devise de la République française est censée être : liberté - égalité - fraternité. La République doit permettre d’accomplir le besoin de grandeur de son peuple faute de quoi elle continuera de créer des frustrations qui s’exprimeront dans la violence. Elle doit à cette fin avoir la force de proposer un modèle d’intégration par le haut, nietzschéen, au lieu d’asseoir son « autorité » sur l’idéologie infantile des droits de l’homme, compassionnelle, victimaire et de fait méprisante car déresponsabilisante. La République n’est pas condamnée, il lui suffit de changer de credo, opérer la transmutation des valeurs chère à Nietzsche pour qu’enfin vienne sur elle le Grand Midi."

Olivier Meyer, poète écrivain, animateur de la Nietzsche académie, auteur du "Guide des citations Nietzsche" aux éditions Pardès et de l'essai "Nietzsche Hyperboréen ou l'école du Surhomme" aux éditions du Lore.

Published by Nietzsche académie - dans Pourquoi la Nietzsche académie
commenter cet article
12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 13:34
Julien Rochedy

Réponses au questionnaire de la Nietzsche académie de Julien Rochedy, auteur d’un essai d’inspiration nietzschéenne Le Marteau sous-titré Déclaration de guerre à notre décadence, auteur d’un mémoire universitaire sur Nietzsche et l’Europe et ancien directeur national du FNJ.

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

Julien Rochedy - Une importance fondamentale puisque je pense véritablement, sans pathos, qu'il a changé ma vie. Sa lecture, précoce, a fait office d'un baptême, d'une sorte de renaissance. Je l'ai lu si tôt (entre 14 et 17 ans) qu'on ne peut pas dire qu'il s'agissait de lecture à proprement parler, avec le recul et la distance que cela suppose. Je l'ai littéralement ingurgité, je l'ai fait mien, sans aucune interface entre ses livres et le jeune « moi » qui était en pleine formation. Dès lors, quoique je lise, quoique j'entende, quoique je voie ou quoique j'ai envie de faire, je ne peux l'appréhender qu'avec le regard nietzschéen qui me fut greffé si jeune.

N.A. - Etre nietzschéen qu'est-ce que cela veut dire ?

J.R. - Je tiens Nietzsche pour une paire de lunettes. Il est, pour moi, avant tout une façon de regarder le monde. Une grille de lecture. Un filtre d'exactitude et, surtout, de sincérité. C'est s’entraîner à percevoir ce qui se mue et s'agite autour de soi en se débarrassant des grilles de lectures morales (le bien et le mal) ou idéalistes (au sens de la primauté de l'Idée). C'est donc regarder les choses et les hommes par delà bien et mal, par le prisme des valeurs aristocratiques ou des esclaves (le sain et le malade, le bon et le mauvais), en s'attardant plutôt sur la psychologie, et en fin de compte, la physiologie (l'importance du corps comme heuristique de l'esprit) pour comprendre les idées d'un homme, au lieu de se mentir sur la capacité « raisonnante » et abstraite des humains. Et c'est aussi sentir profondément ce qui appartient au nihilisme, au déclin, au mensonge vénéneux, à la maladie et à la mort, plutôt qu'à la vie, à la grande vie et l'immense « oui » qui va avec.

Je vous parlai de sincérité à propos de ce que nous oblige Nietzsche. Avec lui, après lui, on ne peut plus se mentir à soi-même. S'il m'arrive par exemple d'avoir une idée pour m'économiser, même si mon cerveau se met à fonctionner, comme de mise chez tous les hommes, pour me trouver une justification, morale ou raisonnable (toute « idée » est une justification de soi), je sais qu'en réalité cette idée ne fait que découler de ma faiblesse. Tout le reste est prétexte.

N.A. - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

J.R. - Je ne recommanderai pas un livre en particulier, même si « Par delà bien et Mal » et, bien sûr, « Zarathoustra », surnagent. Je recommanderai plutôt une succession de livres pour celui qui voudrait se lancer dans Nietzsche. D'abord Généalogie de la morale, qui suscite directement un immense doute sur ce que l'on croyait établi sur la nature du bien et du mal. Puis Par delà bien et mal, pour approfondir. Ensuite Zarathoustra, l'apothéose poétique de sa philosophie. Après, l'ordre compte moins. Je conseillerai toutefois particulièrement les œuvres de Nietzsche de l'après Zarathoustra, c'est à dire à partir de 1883, car j'ai toujours pensé qu'il y avait un Nietzsche, à la fois en tant qu'auteur (le style) et philosophe (la puissance), avant son Zarathoustra et après son Zarathoustra. L'auteur du Gai Savoir est encore un peu académique. Celui de Crépuscule des Idoles est pur génie.

N.A. - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

J.R. - Tout dépend bien sûr de ce que l'on entend par droite et gauche. Ces concepts peuvent signifier tellement de choses différentes selon les personnes qu'il est difficile d'enfermer Nietzsche dans des espaces si vagues. Toutefois, en me permettant de les prendre d'un point de vue philosophique, si toutefois ce point de vue peut exister, je dirais bien entendu que Nietzsche est de droite. L'importance qu'il donne à l'inégalité, aux valeurs aristocratiques, au goût raffiné, à la sélection et à la force, ainsi que son mépris souverain pour la populace, les valeurs égalitaires, la féminisation, la démocratie, le matérialisme grossier, etc, font que Nietzsche ne peut évidemment pas être reconnu comme un auteur de gauche.

N.A. - Quels auteurs sont à vos yeux nietzschéens ?

J.R. - Je pourrai vous faire une liste non exhaustive, de Drieu à Jünger en passant par London, mais ça n'aurait pas vraiment de sens, dans la mesure où ces auteurs peuvent être nietzschéens pour différentes raisons, et que des auteurs, nés avant Nietzsche, pourraient être considérés comme nietzschéens. Les grecs par exemple, Héraclite, Alcibiade, Périclès, sont des nietzschéens avant l'heure. Encore une fois, Nietzsche est une façon de voir le monde, et cette façon fut partagée mille fois dans l'Histoire, la plupart du temps par les hommes les plus grands, les plus intelligents et les plus honnêtes avec eux mêmes.

N.A. - Pourriez-vous donner une définition du surhomme ?

J.R. - Avec une lecture simple, mais tout de même pas trop mal, je pourrais vous répondre : c'est le kalos kagathos des Grecs, l’homme idéal, celui qui a la vie la plus remplie et dont la santé débordante s'enrichit de toujours plus de passions et d’aventures, de pensées, de force et de beauté. Mais ce serait bien trop banal. Le surhomme est celui qui accepte le tragique, le destin, et qui l'accepte en riant. C'est le Dieu Thor qui va à la guerre en riant aux éclats dans sa barbe rousse. Le monde n'a manifestement pas de sens, la vie est précaire, je suis imparfait, rien ne vaut rien, mais je cours au charbon quand même. Le pied dansant. Et là, à ce moment là, tout trouve son sens : la vie n'a comme seule justification qu'elle même. C'est le pessimiste actif dont parle Heidegger dans ses écrits sur Nietzsche.

N.A. - Votre citation favorite de Nietzsche ?

J.R. - Je n'en ai pas une en particulier, mais laissez moi vous raconter une anecdote :

Un jour que j'étais dans un bar et que je réfléchissais, avant de l'écrire, à mon livre le Marteau (d'inspiration largement nietzschéenne comme vous l'avez rappelé), je vois un grand gaillard venir s'accouder à côté de moi. Et sur l'un de ses avants bras, je vois tatoué « Amor fati ». J'exulte. Je vois cela comme un signe. Je me mets à délirer en mon for intérieur. Je lui fais signe et lui dit, bêtement, un truc du genre « aux nietzschéens ! » en levant mon verre. Il me répond, interloqué : « quoi ? ». Je lui répète et m’aperçois qu'en réalité il ne connaît pas Nietzsche. Il s'était tatoué ça juste « parce que ça sonnait bien ».

Alors finalement, je vous répondrai « amor fati ». Ça résume tout.

Et en plus ça sonne bien.

Published by Nietzsche académie - dans Entretiens
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 16:08
Une philosophie de la hauteur

"Celui qui plane sur les plus hautes montagnes se rit de toutes les tragédies de la scène et de la vie."

Nietzsche, "Ainsi parlait Zarathoustra" - Lire et écrire

Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 19:46
Drieu le nietzschéen

"Frédéric Grover - L'une des grandes admirations de Drieu - et ceci dès son adolescence - a été Nietzsche. Lorsqu'il parle de vos oeuvres, il est très sensible à leur aspect nietzschéen. Qu'était le Nietzsche de Drieu ?
André Malraux - Eh bien c'était d'abord le grand irrationaliste. En second lieu, l'initiateur à la pensée orientale [aryenne - nda], l'homme de l'Eternel retour. Et enfin ce qu'il appréciait dans tous les écrits de Nietzsche c'était la magnifique générosité de l'intelligence."

Frédéric J. Grover, "Six entretiens avec André Malraux sur des écrivains de son temps", ed. Gallimard, 1978.

Published by Nietzsche académie - dans Kultur
commenter cet article
19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 15:16
L'invention d'un Nietzsche de gauche

"Durant les années 70, les philosophes français, de Michel Foucault à Gilles Deleuze en passant par Jacques Derrida ou Pierre Klossowski, avaient surtout à coeur de laver Nietzsche de la tache que représentait sa récupération par les nazis. C'est pourquoi ils ont inventé de toutes pièces un Nietzsche de gauche, une sorte de penseur de la déconstruction, qui démonterait toutes les idéologies sans en défendre aucune. Quant au thème de la joie et de l'approbation du monde, pourtant omniprésente dans l'oeuvre, ils préféraient le cacher sous le tapis. Car, n'est-ce pas, il y a de la misère dans le monde, des inégalités sociales, des spoliations, des guerres... Approuver ce monde tel qu'il est, louer la réalité, c'est un luxe et un comportement de social-traître. Personnellement, je combats cette manière d'édulcorer Nietzsche - sa pensée, comme celle de Spinoza, est implacable et cruelle. Affirmer le monde, prôner la joie, c'est d'une grande cruauté, puisque cela revient à opposer un front insouciant aux pires catastrophes."

Clément Rosset, extrait de son entretien dans "Nietzsche l'antisystème" hors série n° 26 de Philosophie magazine.

Published by Nietzsche académie - dans Débats
commenter cet article